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27/02/2008

Chavez va-t-il faire tomber des têtes couronnées en Afrique ?

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Hugo Chavez, tête forte de l'OPEP, et ses amis du cartel pétrolier savent-ils qu'à Ouagadougou et à Yaoundé, les marabouts officiels doivent les maudire et mettre en branle leurs canaris les plus maléfiques pour les anéantir ?
En tout cas, les records atteints par le prix du baril coincident avec des manifestations d'humeur au Burkina Faso - d'où je reviens d'un voyage éclair - et au Cameroun - dont je suis originaire.
A Ouagadougou, Dominique Strauss-Kahn, venu participer à un sommet UEMOA-FMI, a dû recevoir une revue de presse complète des manifestations violentes organisées à Bobo-Dioulasso la frondeuse contre ce qu'on appelle au pays de Yennenga "la vie chère". Les éditorialistes burkinabé ne sont pas tendres envers les programmes d'ajustement structurel et les contraintes qu'ils impliquent. Ils indexent assez peu, en réalité, le prix du carburant et de l'énergie, qui épuise particulièrement ce pays sahélien qui ne produit pas une goutte de pétrole et prie tous les jours pour l'interconnexion avec les réseaux électriques des pays côtiers voisins - dont la Côte d'Ivoire.
Au Burkina Faso, une "star" de la lutte contre la vie chère, syndicaliste sankariste connu de tous, Nana Thibault, tient le haut du pavé et menace. La contestation a un visage, quand bien même certains observateurs accusent le ministre de l'Agriculture et âme damnée du régime plus ou moins en disgrâce depuis que le pays veut se racheter une conduite, d'instrumentaliser le mouvement pour obtenir la tête du Premier ministre Tertius Zongo, que les manifestants ont dans leur collimateur.
Au Cameroun, c'est le brouillard total. Les syndicats de transporteurs qui avaient lancé un mot d'ordre de grève suite à l'augmentation des prix du carburant à la pompe sont dépassés par les événements. Une colère sans visage agite les principales villes du pays - en dehors de celles du Grand Nord, qui "bénéficient" de l'éloignement géographique. Que veulent les manifestants ? Ils ne sont pas prêts à "déposer les armes" après la décision de réduction de 6FCFA du prix du carburant - indiquant, à juste titre, que la mesure est dérisoire juste après une augmentation de 16FCFA. Ils invoquent une flambée de prix qui est généralisée, mais posent également - et surtout - la question de la nature du régime. Ils ne veulent pas que Paul Biya, roi fainéant à la tête du pays depuis le 6 novembre 1982, tripatouille la Constitution pour vivre éternellement dans sa "planque" du palais d'Etoudi.
Mais tout cela n'est guère rassurant : comment se fait-il qu'un mouvement sans tête politique ait des revendications politiques ? Quels sont les intérêts qui, dans l'ombre, agitent le pays ? Il y a des risques que des "barons" du pouvoir Biya, apeurés par l'opération Epervier, qui a déjà conduit plusieurs des leurs en prison pour détournement de fonds, instrumentalisent la colère légitime du peuple pour "effrayer" un chef qui se préparerait à les lâcher, si l'on en croit les "fuites" provenant des services du ministre de la Justice, Amadou Ali, qui mettraient en cause des "baos" parmi les "baos", notamment le ministre... de la Défense !
Comment se retrouver dans ce capharnaüm ? Et puis, franchement : ces émeutes de la faim sont-elles objectivement le résultat de la hausse record du prix du baril ou d'une lente paupérisation organisée par des élites jouisseuses et égoïstes ? Nos têtes couronnées sont-elles victimes de la surenchère de Chavez et de ses amis ou de leurs propres turpitudes ? Personnellement, je penche pour la deuxième hypothèse. Les peuples ne sont pas fous. LES PEUPLES COMPRENNENT LES DIRIGEANTS QUI LES COMPRENNENT.

15:55 Publié dans Analyse | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Beau boulot. Belle Ecriture. Bravo !

Écrit par : charles | 28/02/2008

Theo,

Finalement n'est ce pas la faute au $USD ?
Chavez et ses collistiers sont bien obliges de faire monter le prix du barril pour compenser la chute du dollar. La chute du dollar entraine mecaniquement l'envolee du prix de toute matiere premiere qui se vent en dollar. Ce qui se repercute de facto dans les prix des biens de consommation courants. le monde entier est touche par cette logique economico-monetariste. Une raison de plus pour vomir Bush et ses amis neo-cons.
Le pire est que on a pas encore vu le fonds. Les US pour sauver leur economie joue sur la seule marge qu'ils ont: sacrifier le dollar en reduisant les tx directeurs de la banque centrale quasiment tous les trimestres. Le dollar sacrifie, oui! Et on en est pas encore sorti.
Donc ca va etre tres dur dans les pays ou les dirigeants ne "brille" que par leurs "turpitudes".
la situation politico-economique actuelle des USA, qui sont malades et dont les consequences des errements de Bush menacent de faire sombrer le monde entier dans un marasme economique indisible, offre une opportunite pour nos pays de se re-penser et d'esperimenter d'autres alternatives endogenes pour enfin entrer dans l'ere de production industrielle pour nos besoins propres.

Helas, j'ai peur que certains pays africains ne voient pas les consequences de cette chute du $USD dans leur economie fragile. Au contraire ils risquent de se recroqueviler dans l'usage de la force pour repondre aux emeutes de la faim et aux revendications legitimes du peuple. ceci peut entrainer une spirale guerriere a l'issue de laquelle seules les multinationales et les mercenaires de tout genre sortent toujours vainqueur. Et bien sur le pays, plus que jamais, finit dans une dependance totale de ses crediteurs.
J'ai bien peur que le dernier discours de biya au sujet des emeutes au Cameroun illustre ce manque de vision politique.

Écrit par : hormheb | 28/02/2008

Les commentaires sont fermés.