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10/02/2008

CAN 2008 : Victoire de l'Egypte, victoire d'un modèle

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Les lampions de la CAN 2008 se sont éteints ce soir. Comme le veut la tradition, il est temps de tirer les leçons de ces trois semaines d'effervescence, de passion et de folie. Que nous apprend cette édition de la Coupe d'Afrique des Nations ?

Au-delà de toutes les analyses pertinentes qui pourront être faites, cette CAN met en lumière - et en valeur - un modèle : celui d'un football africain "autochtone" et professionnel. L'on ne peut, en effet, qu'être frappé par la forte cohésion d'une équipe égyptienne qui joue au football comme d'autres font du ballet. Une équipe qui ne se distingue pas par ses stars, mais par son jeu collectif, conséquence d'une réalité toute simple : toutes les semaines, ces garçons jouent ensemble, les uns avec les autres ou les uns contre les autres. Ils se connaissent !

Ce "petit secret" a souvent accouché d'exploits en Afrique. Ainsi, l'équipe du Cameroun qui est rentrée invaincue du Mondial 1982 était une équipe composée majoritairement de joueurs locaux (Canon de Yaoundé, Tonnerre de Yaoundé, Dynamo de Douala, etc...). L'équipe du Cameroun qui a vaincu l'Argentine en 1990 était, elle, composée de joueurs qui se sont exportés au stade de produits "semi-finis". Omam Biyick, Kana Biyick, Emmanuel Kundé... ont joué pendant une bonne partie de leur carrière au pays.

Aujourd'hui, les équipes nationales phares d'Afrique noire sont très loin de ce modèle, à part l'Egypte. Nous exportons nos joueurs quand ils ne sont pas encore des joueurs, alors qu'ils sont des "matières premières brutes". L'équipe camerounaise est constituée de jeunes qui ne jouent ensemble qu'à la faveur des grandes compétitions et des matchs qui les préparent. Ils apprennent à se connaître dans le cadre de l'équipe nationale, qui est souvent restée pendant de longs mois sans staff d'encadrement stable. Ce qui les soude, c'est l'amour d'un pays qu'ils ont tous quitté très jeunes, ou dont leurs parents émigrés leur ont parlé avec ferveur. Ce qui les met en confiance, c'est leur "patrimoine de victoires", la légende des aînés glorieux.

Un jour ou l'autre, il faudra pourtant imaginer, dans les pays d'Afrique noire, des politiques étatiques dans le secteur sportif. De vraies filières "sport-études" dans les lycées publics, à la place des filières immorales de traite des gamins à peine pubères qui tapent plus ou moins bien dans un ballon. De vraies filières "sport-études" et non des "Académies" comme l'Académie Mimosifcom, qui a tout de même le mérite d'avoir donné naissance à un groupe de jeunes joueurs qui se connaissent assez bien, au départ.

Il est peut-être temps de remettre sur le tapis la question de la professionnalisation effective de nos championnats. Le développement du privé et du secteur publicitaire fait que ce qui n'était pas forcément viable économiquement il y a quinze ans l'est aujourd'hui, à condition de tourner le dos à la prévarication, au pillage et à l'à-peu-près qui est trop souvent la règle.

Le football contemporain en Afrique subsaharienne, c'est aussi la tragédie des jeunes qui essaient, au péril de leur vie, de rejoindre l'Europe. Tout simplement parce qu'ils seraient contraints à la mendicité chez eux, malgré leur talent. Pour un Eto'o, il y a mille destins tragiques d'espoirs échoués sur le mur d'une réalité souvent trop laide, comme nous le montre cet article publié par Rue 89.

Depuis les victoires du Cameroun en 2000 et 2002, aucune équipe d'Afrique subsaharienne n'a gagné la CAN, alors que la décennie que nous vivons voit exploser, de manière inédite, les joueurs subsahariens évoluant dans les championnats européens. Que cette apparente contradiction et le doublé de l'Egypte (2006, 2008) nous donnent de remettre sur le tapis le débat sur la professionnalisation du football en Afrique, au-delà des passions passagères.

Commentaires

Le revers de la médaille...

Pour quelqu'un qui ne s'interesse pas au foot je trouve ton analyse très judiicieuse. De mon point de vue tu as juste oublié d'évoquer le "mouillement de maillot" dont les Kmers nous ont donné une belle illustration, les ivos peuvent en prendre de la graine.
Avant la compétition, sur le forum de l'aseci (supporters de la selephanto) j'ai souvent répété aux frères qui se vantaient à juste titre d'avoir les meilleurs joueurs d'Afrique que nous n'avions pas pour autant la meilleure équipe.
Comment se fait il que nos joueurs si brillants en club deviennent systématiquement l'ombre d'eux même en sélection? nos joueurs ont ils reçu des consignes de leurs clubs européens si réticents à les libérer pour la CAN, vu les millions qu'ils déboursent pour s'offrir leur service. Pour la petite finale, je ne me souviens même pas avoir vu nos éléphants tacler une seule fois...

Voici encore des questions à méditer, pour ma part je reste persuadé que nos errements tactitiques aurait pu largement être compensés par davantage d'engagement physique (à l'image de Kader keïta ou Arthur Boka)

D'ailleurs sans vouloir faire kpakpato, c'est amusant de constater que l'ivoirien le plus entreprenant durant ce périple ghanéen, Kader keïta, est celui qui n'a pas de place de titulaire dans son club... tout un symbole.
Suhaitait-il revenir dans les bonnes grâce d'Alain Perrin son entraîeneur en club ou mouillait t-il le maillot pour l'amour du pays?

Écrit par : Djé | 11/02/2008

De tous les articles que j'ai lu dans la presse, ce présent article est de loin le plus juste par sa pertinence. Au lieu de continuer à épiloguer sur le sacrifice de la vache des Pharaons d'Egypte avant les demi-finales, reconnaissons qu'une équipe ne peut être en aucun cas une constellation de stars mais plutôt de joueurs soucieux de l'esprit de groupe. Les trois matchs de poule ont couvert le déchet du jeu Ivoirien: Manque de réalisme, manque de coaching, jeu individuel exacerbé, un passoire comme dernier rempart. Aujourd'hui, nous avons appris à notre dépend qu'une CAN ne peut se gagner que quand on a la volonté de mouiller le maillot. Les Lions indomptables du Cameroun nous l'enseigne.La CAN a ses réalités, c'est pourquoi, je m'élève contre les pratiques des dirigeants de la FIF qui ont empêché un grand monsieur comme Laurent Pokou, le monument d'approcher les joueurs. Comment cultive t-on donc le fighting spirit, si ce n'est par l'expérience des plus anciens. Je m'élève aussi contre la catégorisation des joueurs. Tandis que certains pouvaient recevoir parents et amis, d'autres n'y avaient pas droit. Ainsi la Côte d'Ivoire ne pouvait que payer cache ces pratiques approximatives. Ayons toujours le triomphe modeste. Cela nous permettra d'avancer.

Écrit par : CHEICKNA D SALIF | 12/02/2008

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