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28/01/2008

Où l'on reparle du général Poncet

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La Côte d'Ivoire se souviendra longtemps du général Philippe Poncet, à la tête de l'opération Licorne en novembre 2004, et à ce titre maître d'oeuvre du sanglant massacre de civils aux mains nues, qui s'est soldé par 64 morts.
On savait déjà qu'il était passé par le Rwanda. Lors de son arrivée en Côte d'Ivoire, la presse l'avait mentionné et avait appelé à la vigilance. Durant les événements de novembre 2004, nous avons abondamment rappelé le fait qu'il avait dirigé l'opération Amaryllis au Rwanda et mis en garde contre une reproduction des schémas génocidaires et de "guerre contre-révolutionnaire" qui ont fait couler tant de sang au Pays des Mille Collines. Nous avons abondamment commenté sa violente mise à l'écart par l'exécutif Chirac, qui avait pris pour prétexte "l'affaire Mahé" (du nom d'un jeune Ivoirien assassiné à Man par les soldats de Licorne) pour l'humilier et le "liquider". Après son éviction, Poncet n'a plus fait les gros titres de la presse.


Le revoilà ! Juste avant l'arrivée ce week-end au Rwanda de Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, l'agence rwandaise d'information a rendu publique deux notes confidentielles de l'armée française, que la Mission d'information parlementaire sur le Rwanda avait censurées, et qui prouvent deux choses. Premièrement que la France était informée des massacres de Tutsi par ses alliés génocidaires, et deuxièmement qu'elle avait décidé de cacher cete information à la presse et de la contrôler étroitement afin qu'elle ne voie pas le vrai visage des militaires hexagonaux impassibles et complices devant le génocide.
L'agence rwandaise de presse écrit :

Le premier document porté à notre connaissance par Farnel [Nda : Farnel est le correspondant de l'agence rwandaise de presse à Paris] est la note N° 018/3°RPIMa/EM/CD (« Confidentiel Défense ») que le colonel français Henri Poncet adressa le 27 avril 1994 à l'attention du chef d'Etat-Major des Armées.

Ce dernier y fait le compte-rendu de l'opération « Amaryllis », dont il assura le commandement au Rwanda du 9 au 14 avril 1994, une opération destinée à évacuer les ressortissants français alors présents à Kigali suite à l'attentat perpétré, trois jours plus tôt, contre le président rwandais Juvénal Habyarimana.

Dans cette note, l'officier français fait savoir à l'Amiral Lanxade que « les médias ont été présents dès le deuxième jour de l'opération. » Il ajoute que « le COMOPS [Communication opérationnelle, ndlr] a facilité leur travail en leur faisant deux points de presse quotidiens et en les aidant dans leurs déplacements. ».

L'auteur de la note précise, par ailleurs, le « souci permanent de ne pas leur montrer [aux médias, ndlr] des soldats français limitant l'accès aux centres de regroupement aux seuls étrangers sur le territoire du Rwanda », tout en précisant qu'il s'agit là des provisions consignées dans la Directive n°008/DEF/EMA du 10 avril.

Farnel révèle enfin que le Colonel Poncet fait mention, dans sa note, de l'autre «souci permanent de ne pas leur montrer [aux médias, ndlr] des soldats français n'intervenant pas pour faire cesser des massacres dont ils étaient les témoins proches.»

«Il s'agit déjà à cet endroit», nous précise Farnel, «d'un aveu de non-assistance à personne en danger.»



Elle écrit encore :

Mais un compte-rendu, également révélé ce jour par notre correspondant, rédigé celui-là le 19 avril 1994, conjointement par le Colonel Cussac et le Lieutenant-Colonel Maurin, relatif à l' « action des AMT [Assistants militaires techniques, ndlr] » lors de l'opération Amaryllis, fait savoir que l'armée française savait, au moins dès le 8 avril 1994, que les massacres de Kigali ciblaient l'ethnie tutsi.

Les deux officiers français y font en effet état, pour ce qui concerne la nuit du 7 au 8 avril, d'une « nuit très agitée, ponctuée de nombreux tirs au niveau du CND [Conseil National pour le développement (parlement rwandais), ndlr] mais aussi dans toute la ville (exécutions des tutsi [sic] et des personnalités de l'opposition). » Aussi, nous a précisé Serge Farnel, « l'armée française connaissait-elle, au moins depuis le 8 avril 1994, le caractère génocidaire des massacres qui se déroulaient à Kigali. »


Petite remarque en passant : le colonel Cussac dont parle la dépêche a été porte-parole de l'opération Licorne dans la période délicate suivant les événements de novembre 2004. Ce qui est sûr, c'est que les révélations de l'agence officielle d'information du Rwanda s'expliquent par le désir de Kigali de faire reconnaître sa faute à la France avant toute réconciliation en grande pompe. Mais elles nous montrent, de manière incidente, le doigté du général Poncet dans ce que Rue 89 appelle le concept de "manoeuvre médiatique".
Un concept qui n'a pas bien fonctionné en Côte d'Ivoire. Si la majorité des journalistes français en novembre 2004, dont les yeux ont été tenus loin des images gênantes prouvant la réalité des massacres de Licorne, ne sont pas sortis de ce que Daniel Schneidermann a appelé "le journalisme en uniforme", les vraies informations ont fui et créé la panique. Pourquoi ? Parce que dix ans après le génocide rwandais, les technologies de l'information ont changé la donne. Toute presse est internationale dès qu'elle est présente sur le net. Tout diffuseur aussi. Le numérique rend le témoignage instantané. La censure est moins aisée.
Ceci dit, de nombreuses vérités sur novembre 2004 nous restent interdites. Ce qui me réjouit, c'est que Rue 89, média français en première ligne dans le combat contre la Françafrique, met aujourd'hui en parallèle le rôle de Poncet au Rwanda et en Côte d'Ivoire.


Dès le moment où l'on considérera à Paris la version française des événements de novembre 2004 comme une mise en application de la "manoeuvre médiatique" et non comme la vérité absolue, on se rapprochera de la vérité sur cette ténébreuse énigme.

Commentaires

Toute cette intelligence au service du mal!
Toute cette ingéniosité au service des tueries!
C'est triste, tout simplement!

Écrit par : Lévy | 28/01/2008

Agir de la sorte dénote de la méchanteté et de la mauvaise foi. Indicible et triste. Franchement.

Écrit par : Roger Kassé | 28/01/2008

Théo, je sais qu’il ne t’est pas possible tout seul d’instruire tous les ivoiriens de Côte d’Ivoire et Navarre mais je pense qu’un travail s’impose – dans la mesure ou nous nous abreuvons de nouvelles aux sources de médias (journaux, TV, magazine, sites Internet etc..) quelqu’ils soient.

Nous tenons des informations qui parfois sont tronquée car les personnes qui les écrivent sont liées à des patrons qui eux sont liés à des intérêts qui sont loin de ce ceux d’informer.

Je le dis tout net, j’ai perdu confiance en la presse française depuis les évènements du 19 septembre 2002.
Vivant en France et connaissant la côte d’ivoire, j’ai été assez effrayé de voire comment les infos ont étés traité par les médiats français.
Incompétents ? Liés à des puissances d’argent donc pas indépendantes ? Comploteurs ? Ce que je sais c’est qu’ils ont tous la même pathologie car ayants tous la même ligne.

J’ai besoins Théo que tu nous expliques comment fonctionne la presse Ivoirienne, française, mondiale.
J’ai besoins que tu nous instruises sur la manière dont on nous ment au quotidien
Et pourquoi nous avons tous intérêt à lire ton blogue…

Écrit par : ebly | 29/01/2008

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