topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

23/01/2008

Le livre sur la crise ivoirienne qui n'est jamais sorti

ed0c067ffbd4f80759d4897d024f5ee0.jpgC'est curieux. J'ai longtemps attendu le livre "France-Côte d'Ivoire : le double jeu" sous-titré "La fin de la Françafrique" de Fabrice Lhomme, journaliste-enquêteur de renom. Quasiment mis en vente sur les sites de vente en ligne comme Amazon ou Fnac, annoncé par son éditeur pour le 5 septembre 2006, il n'est jamais sorti. Sans explication.
Par curiosité, j'ai contacté Guy Birenbaum, qui a longtemps dirigé les Editions Privé. Où est donc passé ce livre, lui ai-je demandé. "Je ne suis plus chez privé depuis mai. Il ne l'a jamais écrit. Il a changé de sujet. Désolé", a-t-il répondu. Je lui ai demandé si c'était courant qu'un livre soit ainsi promu et ne sorte jamais. "Très courant puisque cela se fait en amont. Aucun complot", a-t-il répondu, ironique.


Je n'ai pas (encore) réussi à joindre Fabrice Lhomme. Ancien du Monde, il a rejoint l'équipe d'Edwy Plenel, qui lance un site d'info, Mediapart.
Fabrice Lhomme a publié, avec Gérard Davet, une enquête sur l'affaire Mahé, et des articles sur les mystères de novembre 2004. Vous pouvez lire celui-ci et celui-ci. Je ne résiste pas à la tentation de diffuser ici en intégralité un article que Gérard Davet, le camarade d'enquête de Fabrice Lhomme, a rédigé pour démontrer le refus total de l'exécutif français d'enquêter sur les mystères de Bouaké. Est-ce la logique de la porte fermée qui explique le fait que le livre de Lhomme ne soit jamais sorti ? On peut se poser la question. J'aimerais bien lui poser la question.

Brigitte Raynaud seule face à la « grande muette »Article paru dans l'édition du 23.12.05
La mise en examen du général Henri Poncet, c'est elle. Le recueil de plaintes de rescapés du génocide rwandais qui accusent des militaires français, encore elle. La juge du tribunal aux armées de Paris mène un combat solitaire
n l'appelle « madame le juge », mais on pourrait aussi lui donner du « colonel », son grade officiel au sein de l'armée française. Brigitte Raynaud, 42 ans, deux enfants, seule juge du tribunal aux armées de Paris (TAP), vient d'accéder à une notoriété soudaine. La faute à l'affaire Mahé, véritable séisme au coeur de l'armée française. Celle qui a mis en examen pour « complicité d'homicide volontaire » le général Henri Poncet ne connaissait pas bien la Côte d'Ivoire. La voilà servie.

En novembre, elle était au Rwanda pour recueillir le témoignage de six rescapés du génocide de 1994, qui dénoncent de possibles exactions de l'armée française. Djibouti, Gabon, Sénégal, Kosovo, Tchad, elle promène depuis douze ans son code de procédure pénale et sa solitude sur tous les champs d'intervention des soldats français. Elle seule est compétente pour instruire les crimes et délits commis par des militaires français hors du territoire national.

En première ligne, cette femme de magistrat, belle-fille d'un ancien procureur de la République de Paris, ferraille, obstinée, depuis son bureau d'une caserne parisienne. Sans jamais être vraiment soutenue, elle façonne une oeuvre solitaire. Traditionnellement mutique, l'armée supporte mal l'ingérence de la justice civile dans ses affaires. En novembre 2004, Janine Stern, au moment de quitter son poste de procureure au tribunal aux armées, avait laissé un rapport au vitriol. Elle parlait notamment d '« ingérence » ou de « justice aux ordres ».

Ne comptez pas sur Brigitte Raynaud pour se montrer aussi définitive. « J'ai plutôt de bons contacts avec eux, dit-elle des militaires. De toute façon, au niveau procédural, c'est le même travail que dans une juridiction plus classique. » Certes, elle admet que « l'armée a un peu vampirisé ce tribunal », mais elle prétend ne pas avoir subi de pressions directes. Même si, à la fin du mois d'octobre, le ministère de la défense a tout fait pour la dissuader de se rendre à Kigali, où elle est finalement allée recueillir les plaintes de six Rwandais. « Je suis à l'instruction, donc indépendante. On ne m'a jamais dit «surtout ne faites rien˜ ; i l m'a simplement fallu du temps pour comprendre la mentalité et le comportement des militaires. »

C'est en 1993 qu'elle a découvert l'institution, après avoir été substitut du procureur de la République, à Metz. Elle voulait voyager, découvrir une autre réalité judiciaire. Elle saisit rapidement la fragilité de son poste : « A l'instruction, on se retrouve complètement isolé, il nous faut impérativement le soutien du parquet. » Ce fut le cas avec Janine Stern, ça l'est beaucoup moins désormais. Elle critique ouvertement Jacques Baillet, l'actuel procureur du tribunal aux armées de Paris, en lui reprochant de ne pas ouvrir d'information judiciaire dans le dossier rwandais. Elle lui en veut, aussi, de ne pas avoir requis l'autopsie des corps des neuf soldats français tués en novembre 2004 dans le bombardement de Bouaké, en Côte d'Ivoire. Dans une lettre à la ministre de la défense Michèle Alliot-Marie, ce 12 décembre, elle stigmatise ainsi « une souffrance supplémentaire rajoutée aux familles (...), due à la décision du procureur du tribunal aux armées de Paris, qui n'a pas estimé opportun (...) de faire procéder à l'autopsie des corps rapatriés ».

Des archives qui brûlent soudainement aux documents subitement dévorés par les termites dans les soupentes d'une caserne, les obstacles qui se dressent sur son chemin sont divers et variés. « Le discours officiel de l'armée, c'est la transparence à tous les étages, aussi suis-je perplexe lorsqu'on m'oppose systématiquement la classification de documents que je réclame », lâche-t-elle.

Avec le temps, elle a développé une qualité essentielle au TAP : la patience. « Elle a de l'expérience, estime Janine Stern, mais elle n'est pas forcément soutenue par sa hiérarchie. Les choses ont évolué en pire, depuis mon départ. » Brigitte Raynaud affronte une forme d'obstruction des plus subtiles. Dans l'affaire de Bouaké, l'ambassade de France à Abidjan lui demande ainsi, le 4 mai, de reformuler sa commission rogatoire internationale visant à établir l'identité des donneurs d'ordres et des pilotes d'avions. « Certains aspects de la rédaction, assure un télégramme diplomatique, risquent d'offrir une échappatoire commode aux autorités ivoiriennes, voire une occasion de polémique. » Mme Raynaud reste de marbre dans sa réponse à l'ambassadeur, datée du 19 mai : « La commission rogatoire internationale doit être remise aux autorités ivoiriennes dans la forme qui vous a été adressée (...) ; je n'envisage pas en effet d'en modifier les termes. »

Elle se fâche sérieusement lorsqu'un magistrat du ministère de la défense lui fait part de rumeurs selon lesquelles elle aurait passé un accord avec les autorités ivoiriennes. « Je n'ose croire que vous soyez associée (...) à cette rumeur qui pourrait s'analyser en une tentative bien vaine de déstabilisation à mon égard », écrit Mme Raynaud, le 17 octobre, à Catherine Bergeal, directrice des affaires juridiques. Laquelle ne lui en tient pas rigueur : « Mme Raynaud est entièrement indépendante, nos rapports sont courtois, professionnels et efficaces. » Même avis martial chez le général de division Jérôme Millet, à l'état-major de l'armée de terre : « Ce tribunal aux armées n'est pas une juridiction d'exception avec une justice aux ordres. De plus, nous nous sommes efforcés à la transparence, comme le montre l'affaire Poncet. »

La magistrate a demandé à quitter le tribunal aux armées de Paris. En douze ans, elle a fait le tour. Et puis les militaires ont refusé de lui accorder une promotion au grade de général. Mais elle espère bien, avant son départ, avoir fait avancer ses dossiers en cours, en Côte d'Ivoire et au Rwanda. « Je creuse, dit-elle à propos de Bouaké, j'irai jusqu'au bout. Je veux identifier les auteurs et savoir qui a donné l'ordre de bombarder le camp français. » Elle veut croire que le parquet la suivra en ce qui concerne le Rwanda : « L'attente des plaignants, là-bas, était poignante. Il y a matière à ouvrir une information judiciaire. » Et elle compte bien laisser un dossier Poncet parfaitement en ordre à son successeur : « Le dossier est délicat à gérer, car il s'inscrit dans un processus hiérarchique. » « Une mouche du coche, un mal nécessaire » : selon ses propres mots, voilà ce qu'elle aura été tout au long de ces douze années.

Gérard Davet

09:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

hmm, c'est quand même bizarre tout ça, je trouve ça très bizarre...

Écrit par : Kwaame | 24/01/2008

Si tant est que tout ce que vous dîtes est vrai alors pourquoi le PR n'a jamais eu le courage de nous dire réellement qu'il est attaqué par la France de Chirac?
De quoi a t il peur? Il nous dit toujours qu'il est élu par le peuple alors il nous doit bien cette information au moins. Je n'est jamais approuvé la façon dont les médias français le traite à l'extérieur; il est traité comme un homme vulgaire alors je pense pour ma part qu'il devrait tapé du poing sur la table.je suis certes un profane en politique mains quant il s'agit de tirer à bolué rouge sur les ivoiriens il ne faut pas se faire prier.
Merci

Écrit par : N'GUESSAN | 08/03/2008

J'ai découvert par hasard que Théophile Kouamouo cherchait à me joindre. Il a désormais mon mail, j'attends de ses nouvelles. Merci.

Écrit par : fabrice lhomme | 09/05/2008

Fabrice, mon système de publication de blog ne me permet pas de lire les emails de ceux qui m'envoient des commentaires.
J'aimerais bien que vous m'envoyiez un mail à l'adresse kouamouoatyahoo.com. Merci.

Écrit par : Théo | 09/05/2008

Les commentaires sont fermés.