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19/01/2008

Côte d'Ivoire : figures de style de fin de crise

686f2db75dbecbe4541e8179beb50c50.jpgC'est horrible à dire, mais c'est la vérité. Les ruptures créent des angoisses, y compris quand elles sont positives. En Côte d'Ivoire, le passage de la guerre à la paix n'échappe pas à cette règle. Depuis quelques mois, l'on sent un certain nombre de catégories et d'individus particulièrement vindicatifs et/ou revendicatifs, pleins de rage et de colère. Un curieux sentiment peut venir à l'esprit, quand on observe le ballet tonitruant de nombreux acteurs sociaux et politiques : ils veulent "faire pour eux" avant qu'il ne soit trop tard, c'est-à-dire avant "la grande paix", étant donné que nous serions dans une "petite paix".
Eh oui ! La crise est une période d'opportunités politiques, économiques, individuelles. Elle peut profiter et accélérer des destinées, à condition de "bien jouer". Elle dessine des hégémonies qui peuvent se cristalliser après elle. Mal jouer en temps de crise peut coûter cher après la crise.
Au-delà des purs calculs tactiques collectifs et individuels, les périodes de fin de crise nous donnent de nous interroger. Avons-nous eu raison de nous engager ? Nous sommes-nous engagés comme il le faut ? Quel est le sens de nos combats ? Faut-il rectifier le tir avant qu'il ne soit trop tard ?
Le contexte de ni-guerre-ni-paix a accouché de nombreuses revendications des corps professionnels, persuadés qu'il y avait plus à obtenir d'un pouvoir affaibli que d'un pouvoir consolidé. Aujourd'hui, ce sont ceux qui estiment avoir sacrifié, volontairement ou non, quelque chose à un conflit au bout duquel le président en exercice paraît triomphant, qui revendiquent... et qui revendiquent beaucoup ! Hommes en armes réclamant des sortes de "bonus de sortie de crise", groupes d'autodéfense présentant leur "facture", veuves des gendarmes morts au combat menaçant de marcher sur la Présidence... chaque jour apporte son lot de mouvements.
Cependant, c'est sur le terrain de l'activisme politique que la frénésie actuelle est particulièrement intéressante à analyser. Ceux qui, dans leur trajectoire personnelle, ont l'impression d'être les "dindons de la guerre" manifestent de plus en plus clairement leurs frustrations et leur amertume.
A l'intérieur de la galaxie patriotique, les frustrés partent d'une analyse. Parmi eux, certains se sont positionnés aussi bien politiquement que financièrement grâce, pensent-ils, à des coups de pouce du sérail présidentiel. La figure honnie de ces frustrés est, bien entendu, Charles Blé Goudé. Eugène Djué et Elie Hallassou, chacun à sa manière, tentent de revendiquer leur part de "solidarité de la lutte", voire "d'amour paternel".
Dans l'opposition, c'est l'activisme plein de violence verbale de personnes comme KKB et Venance Konan qui 2e7943bfa7c70279c666d54bcbc8b13d.jpgintrigue, parce qu'il paraît exagéré et surtout hors de saison. On dirait que plus le climat s'apaise, plus ils se déchaînent. Pourquoi ne pas avoir été aussi virulents au moment des grands affrontements ? Peut-être parce qu'ils sentent, aujourd'hui, l'Histoire leur échapper. Peut-être parce que certains, au PDCI, ont intégré, avec beaucoup de regrets, les critiques selon lesquelles ils feraient de "l'opposition de salon", bourgeoise et inefficace. De quoi se rêver en "néo-RDR" ou en "néo-FPI" dans le registre de l'opposition sans concession. N'y a-t-il pas, au coeur de l'inconscient de certains leaders d'opinion, la volonté de se "blégoudé-iser" ou de se "soro-iser", voire de se légitimer par un parcours "à la Gbagbo", fait d'opposition gaillarde, d'alliances tactiques non dénuées de cynisme et d'emprisonnements politiques héroïques ?
Les hypothèses que j'émets ici sont discutables, je l'admets - et je suis prêt à en discuter. Mais une chose est sûre : ce n'est pas très porteur politiquement de reproduire les gestes politiques d'hier, ou de rattraper à toute force le "temps perdu" en période troublée. Ceux qui aspirent au leadership de demain doivent, dès à présent, savoir reconnaître les enjeux, les leviers d'influence et les formes de solidarité qui sont en gestation ou qui viennent de naître, les canaliser à leur profit, avec une longueur d'avance sur leurs contemporains, pour triompher. C'est ce que Laurent Gbagbo a fait en pariant dès 1983 sur la chute du mur de Berlin, la montée des aspirations démocratiques et des soifs de changement dans l'Afrique et la Côte d'Ivoire postcoloniale.
Il faut, dans tous les cas, sortir de la crise sans regrets car la paix aussi a ses opportunités politiques.

Photos d'illustration : 1 - Pour le patriote Elie Hallassou, c'est l'heure du bilan : fallait-il s'engager pour être isolé ?
2 - Plus la situation se calme, plus KKB, président de la JPDCI, est en verve.

18:15 Publié dans Analyse | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Excellente analyse. Je rajouterais juste quelque chose que je pense être indispensable dans les temps qui court.

Le problème ne se pose plus dans le sens du choix politique, je pense, beaucoup l'ont déjà fait. Choix des hommes à suivre ou des courant a revendiquer.

Le problème se trouve dans l'approche politique. Aujourd'hui la jeunesse, celle prête a relever le débat politique n'est pas encore mature sur le point politique. Peu savent comment se joue la politique, parce qu'habituée a sudir.

Beaucoup d'africains se sont formé en Cote d'Ivoire. Certains sont retournés dans leur pays pour occuper des postes a responsabilité, mais rarement dans la politique.

Les ivoiriens qui se sont formé à la même époque vneulent jouer un rôle politique mais il y a un gouffre entre leur envie et comment agir.

Je pense qu'aujourd'hui le remplissage de ce gouffre se fait certes d'une manière sauvage, on met n'importe quoi dedans mais le remplissage est indispensable.

On doit apprendre la politique et les politiciens pour faire de la politique.

"Dire qu'ont a tué 3000 personnes, sans preuves" n'est pas des paroles d'une personne qui veut faire de la politique. Il veut attirer les regards sur lui.
Le probleme une fois qu'on l'a vu on l'oublie juste apres parce qu'aucun message, aucune demarche intellectuelle...c'est comme un magazine people.....

Écrit par : metu | 19/01/2008

Dans un post sur son blog, tguebo (http://tguebo.ivoire-blog.com), estime que je jette le discrédit sur Elie Hallassou dans ce post. Je ne suis pas d’accord avec Kouamouo quand nulle part dans son article il ne fait mention du cas Allassou qui justement lui a servi de support illustratif.
Je ne suis pas d’acord avec kouamouo car il jette le discrédit, par des insinuations,sur un citoyen sans lui avoir donné la parole.
Je précise ma pensée. Pour moi, Elie Hallassou illustre le cas de ceux qui s'interrogent sur le sens de leur engagement.
"Au-delà des purs calculs tactiques collectifs et individuels, les périodes de fin de crise nous donnent de nous interroger. Avons-nous eu raison de nous engager ? Nous sommes-nous engagés comme il le faut ? Quel est le sens de nos combats ? Faut-il rectifier le tir avant qu'il ne soit trop tard ?"
Il est légitime de se poser ce type de questions durant la période que nous vivons. Personnellement, je me pose cette question.

Écrit par : Théo | 19/01/2008

Je pense que Theo si je peux me permettre de le tutoyer, a bien depeint la situation dans laquelle se trouve nos jeunes "leader". et comme metu le dit ces gens ne savent pas faire de la politique. Et quand nous savons que tout au tard (preferablement tot) la vieille generation devra s'en aller, ma question est de savoir qui sera la pour une releve effective? Il y a a mon avis aucune persone qui me donne de l'espoir quand a une Cote d'Ivoire qui ira de l'avant. Tous ont pour idoles les bouffons de politiciens de maintenant.

Écrit par : ismosanga | 20/01/2008

effectivement le cas de notre libanais patriote me semble plus sentimental. pour l'image qu'il a donné au combat patriotique, il doit être aidé. Son humiliation est aussi celui de la republique!

KKb lui, me fait penser à quelqu'un qui a besoin de se construire une nouvelle image politique! malheureusement en politique il n y a pas de génération spontanée! ayant grandi "des fourchettes d'argent" à la main comme moyen de combat il ne peut que nous servir ce film de série B auquel nous assistons actuellement.

Dans une semaine, parions que l'autre du rdr va se déclarer dans la gadoue...mais dans un registre plus physique!

Un clin d'oeil à ce naif de IB, donnez lui le pouvoir simplement et le problème sera résolu: il le perdra de lui même deux jours après tant il est ...!

Écrit par : ivoire | 21/01/2008

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