topblog Ivoire blogs Envoyer ce blog à un ami

05/01/2008

La tarte à la crème des gouvernements d'union

d0436feede3047d1fba0a39385ecf152.jpgCela en devient lassant. Chaque fois qu'il y a une crise politique en Afrique liée aux couacs des processus démocratiques, la brave communauté internationale surgit avec sa solution-miracle. "Il faut créer un gouvernement de réconciliation nationale", conseillent invariablement les médiateurs, facilitateurs et diplomates des "pays-amis" et "pays-tuteurs".
Aujourd'hui, c'est au Kenya que cette formule est préconisée. En Côte d'Ivoire, après le processus électoral heurté d'octobre 2000, le gouvernement d'union apparaissait comme LA solution. Sa mise en place n'a pas empêché la rébellion du 19 septembre 2002, soutenue sournoisement par des partis membres de la coalition gouvernementale. Pour appliquer les accords de Linas-Marcoussis, Pierre Mazeaud et Dominique de Villepin ont prévu la création d'un gouvernement de réconciliation nationale, et imposé un "Premier ministre de consensus", Seydou Diarra. Il a fallu de nombreuses années de statu quo pour que les Ivoiriens arrivent à l'accord de Ouaga... qui lui aussi prévoit un gouvernement d'union !
Le problème avec cette formule devenue un grand classique dans la résolution des conflits liés aux processus démocratiques, c'est qu'elle finit par être une alliée des gouvernements impopulaires qui refusent de respecter la voix des urnes. Ainsi, au Togo, Faure Gnassingbé a perpétré un hold-up électoral avec la bénédiction de ses mentors étrangers... qui avaient déjà préparé le "paquet-cadeau" du gouvernement d'union. Lequel gouvernement d'union s'est révélé une machine à discréditer une partie de l'opposition togolaise et à désenchanter l'opinion publique. En tout cas, la démocratie n'a pas avancé, les rancoeurs restent vivaces, et le mépris est désormais total pour le peuple souverain - puisqu'il est clair que ce sont des combinaisons internationales qui fondent la distribution des strapontins, la farce électorale n'était qu'une modalité destinée à juger d'un rapport de forces... physique !
Pourquoi les "bonnes volontés" européennes et américaines n'écoutent-elles pas de manière plus attentive les voix de la société civile et du procureur général kényan, demandant le recomptage des votes ? Ne s'inspirent-elles pas de ce qui s'est passé aux Etats-Unis en 2000, après le duel Bush-Al Gore ? Pourquoi ne pas se fonder sur des formules constitutionnelles et démocratiques ? Pourquoi ne pas respecter LA VOIX DU PEUPLE ?
Les Occidentaux recherchent la "stabilité" dans les pays du Sud qui leur sont alliés ? Le Kenya est l'oeil des Etats-Unis en Afrique de l'Est, et il n'est pas question que ce bastion s'effondre.
La stabilité est une nécessité absolue pour un pays comme le Kenya qui fonde largement son économie sur le tourisme. Mais la "stabilité express" n'est pas toujours la solution. Il faut arrêter les frais, c'est d'une importance capitale. Mais il faut aussi songer à régler les problèmes de fond dans le respect de la morale, de la démocratie et des équations majoritaires.

Commentaires

Ces gouvernements d'union semblent en effet cacher la misère résultant du nom respect des règles du jeu démocratiques ; une façon d'apaiser les esprits sans résoudre les problèmes. Pour ma part, je crois que les nombreux troubles qui suivent les élections résultent d'un manque d'habitude de la démocratie. Les fraudes existent dans tous les pays. Mais ailleurs on arrivent à déterminer le degré de fraude et à juger sa portée par rapport à l'ensemble des électeurs : ce qui permet soit de minimiser son importance et valider le scrutin, soit de reprendre les élections. Ils appartient donc aux Africains d'asseoir avant tout des institutions auxquelles ils accordent leur confiance et le pouvoir de trancher. Des institutions dont chacun doit absolument respecter les décisions même quand on les jugerait injustes. Des hautes autorités du pays vers lesquelles on peut se tourner pour demander justice. Sans cette confiance préalable, les Africains seront toujours tentés de remettre leur sort entre des mains étrangères et des jugements d'un autre monde. L'injustice des Noirs semblent moins convenir aux Noirs que l'injustice des Blancs. Voilà notre problème. Sachez que les frandes sont plus difficilement évitable en Afrique qu'en Europe, aux E.U ou au Canda. Pour preuve : en Afrique, il est impossible à un agent de police de retrouver en une journée un citoyen dont il vient de ramasser la pièce d'identité. En Europe c'est chose facile. Nous ne pouvons donc pas exiger le même degré d'honnêteté dans nos élections que les Européens.

Écrit par : Raphaël ADJOBI | 07/01/2008

Je pense que depuis 500 ans (pour parler comme Ogo), l'Afrique ne fait que jouer un rôle d'objet géostratégique des grandes puissances. Et à ce titre, la légitimité d'un pouvoir réside dans sa capacité à défendre les intérêts des tuteurs et non des ressorstissants du pays ou du Peuple si vous voulez.

Dans ces conditions, il ne faut pas compter sur les aspirations des forces internes pour espérer grandes choses. On pourra me taxer de reprendre la sirène afro-pessimiste. Mais on observant bien l'histoire des pays africains comme Théo l'a fait, il faut savoir être réaliste à certains moments. Bien sûr, cela ne signifie pas qu'il faut croiser les bras pour attendre un certain Godot ou alors s'exiler dans le "désert des tartares" (D. BUZZATI).

Que pouvaient faire les Kenyans? La politique n'est pas leur petit déjeuner comme ici à Abidjan. Celui qui dit avoir gagné les élections arrange les intérêts américains. L'opposant a eu "Sa semaine" pour démontrer qu'il maîtrise le terrain. Là, contrairement à un Gbagbo Laurent, il a échoué. Qu'avions-nous vu? Certains militants irréfléchis brandissant à le face du monde entier des menaces d'extermination d'une autre ethnie. Dans ces conditions, que devait faire La communauté inter?

Je crois qu'il y a une chose à laquelle nous devons tous nous atteler: éduquer le Peuple. Rien ne prouve qu'avec cet opposant, la démocratie aurait avancé. Il peut s'agir d'une simple logique de "Ote-toi que je m'y installe".

Écrit par : Lévy | 07/01/2008

les gouvernements d'union sont la preuve diplomatique que les occidents ont compris que les peuples africains en général avaient une notion particulière de la démocratie: je ne vote pas pour toi donc tu ne peux pas me gouverner! Je comprend mal comment des hommes politiques peuvent parler d'ethnie dans une campagne électorale, c'est criminel et ça doit être criminalisé!!
je constate qu'au kenya les limites de fratures ethniques sont superposables à celle des bastions des deux candidats! coincidence troublante. la nouveauté au kenya c'est que ce sont les partisans du président fraudeur-reelu qui sont massacrés. Si c'était le cas contraire , on aurait assisté au déchainement médiatique international: le mauvais c'est le gouvernant!
trois exemples
1) le président du pakistan a toujours soutenu contre vent et marée que son oppsante n'avait pas été tué par balle
2)le president colombien a toujours affirmé que les farc n'avait pas l'enfant à échanger
3)les tchadiens ont toujours affirmé que l'arche de noé sentait l'arnaque
La suite leur donne raison apparemment.

Écrit par : ivoire | 07/01/2008

Les commentaires sont fermés.