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02/01/2008

Comment en arrive-t-on au désastre kenyan ?

c4e3c1e1566061ae977e8ae1c67d5aa4.jpgL’afro-optimisme est un sport de combat, difficile mais indispensable. Mais il arrive que ceux qui le pratiquent voient toutes leurs forces les quitter, quand des calamités s’abattent sur le continent à une fréquence qu’ils estiment insupportable.
Nos yeux ahuris n’en pouvaient déjà plus de voir la tragédie du Darfour, le cauchemar sans cesse recommençant de la Somalie, les farces électorales des démocratures françafricaines. Voici que le Kenya – un des rares pays d’Afrique à être considéré comme une destination de rêve partout dans le monde, quitte à subir des clichés de paradis touristique hors du temps – sombre dans des violences post-électorales qui laissent pantois : une Commission électorale divisée, des responsables de bureaux de vote en fuite, des centaines de morts, des affrontements interethniques, des églises incendiées… Tous les négrologues et les négrinologues doivent se frotter les mains !


Comment en arrive-t-on à la situation du Kenya, pays où l’alternance a été réalisée, mais où les anciens opposants désormais au pouvoir semblent reproduire les réflexes des « éternels Pères de la Nation », où les peuples sont toujours tentés par le prurit ethniste, où le pacte national tient finalement à peu de choses ?
Disons que pour arriver à la case « Kenya 2008 », il faut être passé par la case « Cameroun 2008 ». Le 31 décembre 2007 dernier, lors de son traditionnel discours à la Nation, le président camerounais Paul Biya, au pouvoir depuis plus de 25 ans, annonçait, dans l’indifférence générale, sa décision d’ouvrir la voie à une révision constitutionnelle lui permettant de s’éterniser au pouvoir. Toute honte bue, il a multiplié les arguments fallacieux pour convaincre son monde du caractère antidémocratique de la limitation des mandats, même s’il n’aura pas le courage d’un Chavez, qui a appelé le peuple à se prononcer par référendum sur une révision constitutionnelle du même type.
C’est l’absence de culture démocratique qui est en cause, au Cameroun comme au Kenya. Célestin Monga, ancien activiste politique camerounais désormais cadre à la Banque mondiale, le dit bien : le biyaisme peut subsister même après Biya. Le déficit démocratique peut survivre aux dictateurs. Et c’est bien parce que les dinosaures qui sont prêts à toutes les contorsions pour rester au pouvoir prospèrent et ne scandalisent plus personne que la nouvelle vague de chefs d’Etat est tentée par le mimétisme le plus abject. Les dictateurs, durs ou mous, marquent leur époque et contaminent les générations suivantes. Ils créent un habitus, des frustrations, des « pourquoi pas moi ? » rentrés, des « pourquoi quand c’était leur tour ils l’ont fait ? » sournois. Les têtes couronnées d’Afrique doivent comprendre qu’il n’y a pas meilleur apôtre de la démocratie qu’un dictateur qui se convertit sincèrement aux vertus de l’ouverture politique. C’est peut-être le message que laissera à la postérité un Mathieu Kérékou qui n’était pas exempt de défauts, mais qui a « donné » au Bénin un bon patrimoine démocratique que ses successeurs devront faire prospérer.

PS : Je ne résiste pas à la tentation de vous faire lire un extrait complètement ahurissant du discours à la Nation du président Biya. Celui où il évoque la crise énergétique du pays. Il se scandalise de la pénurie dans ce secteur dans un pays qui regorge de riches possibilités. Mais, à qui la faute ? Il est la seule personne qui peut assumer la continuité du bilan des exécutifs camerounais successifs depuis 1968, année où il a été nommé secrétaire général à la Présidence avant d’être désigné Premier ministre en 1975. Tous les Camerounais, sauf lui, peuvent se permettre certaines indignations…

Commentaires

Salut Théophile,

Ton introduction m'a interloquée et m'a poussée à lire tout l'article, histoire d'aller au bout de ta démonstration.
Je ne trouve pas le parallèle que tu établies jusqu'à un certain point très probant.
Effectivement il y a eu des morts et des morts au Kenya, mais les causes loin d'être l'indifférence de la population camerounaise que tu dcris face aux énièmes manipulations de leur présidents, sont au contraire là pour dire que ailleurs en Afrique des populations en ont marre d'être priz pour plus bête qu'elles ne sont en réalité et se battent pour le respect de leur vote. Le président sortant a triché pour se maintenir au pouvoir, les gens sont sortis pour le contester. Les afropessimistes ont sortis leur grille de lecture habituelle qui pour une fois s'est heurtée très très vite aux faits, et des journalistes (rue 89, et autr correpondants européens (puisq qu'apparemment c'est leur rgard qui compte mêm ici)) évoluent en affirmant qu'il s'agit surtout d'une soif des populations et d'une aspiration au respect des choix démocratiques. (s'il s'agissait d'une guerre ethniq avec 40 ethnies ça aurait dégénéré TOTALEMENT, c'est avant tout une lutte politique).

Alors encore une fois le parallèle que tu établies là avec la situation camerounaise s'il ne s'étendait qu'aux chefs d'état désireux de se maintenir au pouvoir par ts les moyens se comprendrait. Mais en mettant dans un même texte et sur la même longueur : Biya, les camerounais et les manifestations kenyannes, je pense que tu as été un peu court. Or les réalités et complexes du continent devraient nous dissuader tous de faire les raccourcis que nous reprochons aux autres (occidento-centrés) de faire.

Écrit par : Manolli | 04/01/2008

Bonne année 2008 Théo, tout à fait d'accord avec toi. Quand de grands espoirs se transforment en deception, quel gâchis.
C'est à croire que ce continent est maudit.

Écrit par : xada | 04/01/2008

Hi Manolli,

C'est vrai que le parallèle est un peu osé, mais je voulais mettre en avant l'absence de culture démocratique en Afrique et ses conséquences sur l'univers mental de nos chefs qui se seraient résolus au jeu démocratique s'ils n'avaient pas des références mentales négatives justifiant leurs fuites en avant.
Le déficit démocratique banal accouche du déficit démocratique sanglant.
Ceci dit, je sais bien que l'enjeu n'est pas ethnique au Kenya, mais il a malheureusement des manifestations ethniques très visibles qui nous désespèrent. Et ces manifestations ethniques, à mon sens, sont le fruit de la longue glaciation politique de l'Histoire africaine. Je déteste expliquer les choses par l'ethnicité, mais là on ne peut pas faire si on n'avait rien vu comme on ne peut pas tout réduire à des hordes de Noirs qui se massacrent.

Écrit par : Théo | 04/01/2008

Humm,

Je pense que toute évolution en Afrique qui niera l'ethnicité echouera.
Quand on parle de "cultures africaines", c'est d'abord par rapport aux ethnies qu'on parle.
Il n'existe pas de culture sénégalaise, ou nigériane, mais wolof, peul, yoruba, ewondo, bamiléké, bacongo, kikuyu, massaï, etc...etc...Que vous parliez de gastronomie, d'habillement, de célébrations de mariages, de naissances, de décès, rien n'émerge si ce n'est les différences ethniques.

Les ethnies sont des remparts que les populations locales utilisent en dernier ressort (cote d'ivoire, Sierra Leone, Congo, Rwanda, Burundi, Kenya, Soudan, Tchad, Centrafrique, etc...) quand elles se sentent en danger.
Nier la réalité africaine, c'est prendre le risque de le voir refleurir toutes les décennies.

Eluder les questions ethniques, qui ont fait l'identité de l'Afrique depuis sa création, c'est juste fuir les vraies questions parce qu'elles ne se posent pas dans les termes qu'on nous a appris en Occident.

Écrit par : Nino | 07/01/2008

Bonjour,

En effet, le Cameroun n'est pas à l'abri d'un scénario Kenyan. Il suffit de voir ce que donne l'arbitraire de l'opération épervier, le bidouillage constitutionnel, pour s'en convaincre. Ne vous voilez pas la face, Biya prépare le chaos. Après lui, ça peur être le déluge. Billet à lire sur blog


L3E

Écrit par : L3E | 28/01/2008

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