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26/12/2007

De la misère de nos comportements, par Dr Cécile Kobé Ziri

Ce texte courageux m'a été envoyé par Léandre Sahiri, en guise de "cadeau de Noël et de fin d'année". Ayant apprécié le présent, je vous l'offre moi aussi. En vous conseillant de relire un post de l'observatoire de la com à Abidjan, qui tançait entre autres l'érotisation précoce et malsaine du coeur des enfants. Il était intitulé "Des valeurs en peine".


De la misère de nos comportements


La Côte d’Ivoire est un pays étrange ! Vraiment ! Un pays que tout le monde s’accorde à trouver mal-en-point, un pays qui s’enlaidit… et que toute la Nation devrait s’employer à sortir du gouffre, mais qui ne bruit que de comportements qui encensent les sous-valeurs.

Loin de nous réclamer d’un certain puritanisme, autorisons-nous néanmoins à dénoncer avec force le vice et l’insouciance caractérisés qui sévissent dans notre pays et tendent à se perpétuer péremptoirement en cette période post-crise. Et ce, dans le seul objectif de tirer la sonnette d’alarme et de susciter une prise de conscience collective. Car, il faut se rendre à l’évidence, le mal est bien profond et se cache derrière de nombreuses facettes. Les Ivoiriens ont perdu tout repère. Même les dogmes sociaux élémentaires, les rudiments primordiaux au développement d’une Nation tels que la moralité, l’éducation et le respect des mœurs semblent nous échapper.

Que s’est-il passé pour qu'on en arrive-là ? Les Ivoiriens loin d'être parfaits tenaient quand même sur quelques principes. Comment sommes-nous donc arrivés à un tel deuil de l’espérance ? Pourquoi éprouvons-nous cette lassitude à la réflexion ?

Un examen sommaire de notre société amène à se rendre compte de l’appétence paroxystique des Ivoiriens pour les plaisirs. Des déviances que nous inspirent le culte de l’argent, de la perversité et du superficiel : beuverie, ripailles, luxure, orgies sexuelles, impunité, corruption, favoritisme. Des comportements vénaux qui ont pris un caractère normal et qui sont en train de passer insidieusement dans les habitudes. L’immoral a pris la place de la morale, l’anormal s’est substitué au normal. Il y a une commutation des valeurs, au fil d’une déliquescence quotidienne incontrôlée de l’éthique. Le vice a fini par se suppléer à la vertu dans une indifférence totale et dans la plus nauséeuse des désinvoltures. Visiblement, il n’y a plus dans ce pays de garde-fous, de barrières. Plus d’interdits !

Dans notre pays, tout se passe comme si nous étions dans une sorte d’impasse culturelle faite d’une affligeante stérilité. Jamais on ne célèbre l’intelligence, celui qui a mieux réfléchi... Nos cerveaux sont si paralysés que nous n’avons rien d’autre à proposer à la jeunesse que les jeux débiles servis en quantité par « Notre Télévision poubelle »… Pour sanctionner les talents et récompenser des bassesses. Quel gâchis épouvantable !

On a même trouvé des formules pour entretenir à coup de millions des viviers… de jeunes filles : les concours de beauté. Ce phénomène occupe désormais une place légitime. « Miss Côte d’Ivoire, Miss Cedeao, Miss Campus, Miss District » par-ci, « Miss Cocody, Miss Adjépessi », par-là. Les « reines » et les « miss » se démultiplient. Il y a une telle folie obsessionnelle à organiser ce genre de compétitions qu’on a fini par y mêler des gamines. Oui ! On n’a pas hésité à faire germer l’idée, ôh combien géniale, que dis-je répugnante, d’exhiber des bébés de 7 ans ! « Miss Noël » nous dit-on ! pour voler leur innocence à ces enfants.

Nos enfants naissent et grandissent désormais dans ce climat de médiocrité et de recherche de gain facile, qui fausse leur conscience. Convaincus que la réussite est moins dans l'effort et la recherche de l'excellence que dans la capacité à tirer profit de son corps.

Mais diantre ! Quelle répugnance pénalisante pour la Nation lorsque les futilités, la vénalité, l’ignorance tentent d’embastiller la Culture ? Franchement qu’on nous dise le type de valeurs que promeut ce genre de compétitions. La beauté ? Mais quel mérite a-t-on à être beau ? A quel emploi exige-t-on d’être beau ? Comment pouvons être aussi pauvres culturellement au point de jeter le voile pesant de notre inculture sur nos propres enfants. Que peut-on espérer de l’avenir d’une Nation dont toute une génération est sacrifiée sur l’autel de vices suicidaires ? Dans quel psychodrame sommes-nous en train de jouer ? Comment s’étonner alors que les jeunes Ivoiriens trichent avec leur vie ? Et que le civisme, la conscience professionnelle et l'assiduité au travail sont observés avec mépris.

Baignant dans les paillettes, de tels concours mettent en jeu toute l’image qu’on se fait de la femme dans notre pays. Et ce qui se profile, c’est la sexualisation prématurée des enfants au lieu de la socialisation. C’est aussi la distribution des rôles futurs : « sois belle… et tout le reste te sera acquis ». Plus profondément, c’est la référence au superficiel, aux fausses valeurs, au nu avec ses profils effilés devenus le critère dominant. Le dessous comme vérité du dessus. La coquetterie et la beauté, les seules armes qu’on laisse aux enfants de ce pays… Merveilleux programme ! N’est-ce pas ?

Et qu’une Institution de la République, tel le Ministère de l’Éducation Nationale accompagne de telles actions, prend le visage de l’effroyable. Et de la révolte ! Le gouvernement ivoirien veut-il entretenir le modèle d’une jeunesse zombifiée ? Veut-on créer le stéréotype de la femme infantile ? Veut-on pour demain des femmes qui n’auront pour seule boussole que d’être « belle » ?

Aujourd’hui, la situation de notre pays est telle que les maux à combattre ne manquent pas. Au lieu de promouvoir des préjugés sexistes du genre « soit belle et tais-toi » à un moment où l’école est quasiment inexistante, un moment où le SIDA décime toute une jeunesse, le Ministère de l’Éducation Nationale devrait multiplier des actions qui exhortent plutôt les jeunes au travail, au civisme, aux valeurs éthiques et morales, etc.

Une enfant à qui on apprend à se réaliser à partir des atouts artificiels, trouvera-t-elle le moyen de croire en ses études ou au travail ? Quelle élite sommes-nous en train de former ? Ne faut-il pas construire pour cette jeunesse une société qui donne avantage au mérite par le travail et l’intelligence ? Et qu’ils comprennent ainsi qu’il n’est pas inutile d’aller à l’école et d’être surtout « beau » par l’intelligence.

Sinon, un jour, lorsqu’ils auront 20 ans, 30 ans. Et pleins d’espoir, affamés d’avenir, ils se rendront compte que nous leur avons laissé un pays usé et vidé de toute sa substance nourricière. Et ce jour-là, ils nous haïront de toute leur force. Et ils auront raison. Car c’est le pire qu’on puisse faire à ses propres enfants…



Dr Kobé Ziri Cécile
e-mail : kobececile@yahoo.fr
Tél. : 00 225 23 48 17 95

Commentaires

Les Principes "Assimilation" et "Composition"

Salut,

Je vous avoue, Dr KOBE, que votre texte est sérieusement inspiré. J'ai eu un immense plaisir à le lire. Je compte l'imprimer pour le faire lire à certains proches. bravo, Brother Théo, toi qui as bien voulu nous le faire connaitre.

Pour en revenir au texte, je ne suis pas adepte de 'l'eternel hier" mais je pense que, toutes choses bien considérées, tout est parti d'un certain 24 décembre. C'est vrai, me dira-t-on, les moeurs étaient sérieusement entachées avant cette période mais la véritable perte des valeurs a comencé "ce matin de gésine" pour parler comme CA kane.

Jusque-là, nous autres, étudiants à l'époque étions persuadés qu'il fallait avoir un certain niveau intellectuel pour "bénéficier" des largesses de la CI. Avec l'arrivée de GUEI, même les "Hommes de Dieu" ont perdu de leurs répères. Quelle prophétie n'avons-nous pas entendu? Tout est dorénavant mu par le dieu-argent.

Les choses ont pris un coup d'accélérateur après Marcoussis quand des gens qui arrivent à peine à écrire leur nom sans faute sont devenus ministres; quand quelqu'un qui arrive à peine à marquer une différence entre loi et décret est devenu premier ministre!

To be or not to be? Quelles sont les références de la jeunesse aujourd"hui? Ces milliardaires qui ne savent rien faire de leurs doigts? Les compétences ne servent plus à quelque chose en CI. Et chacun y va avec ses moyens: qui son ethnie, qui sa beauté, qui sa kalach...

Les polititciens semblent profiter de cette situation qui empêche de réflechir et donc de profiter largement de ce qui nous revient à nous tous...

Si le temps me le permet, j'y reviendrai

Écrit par : Lévy | 26/12/2007

Entirement d'accord avec vous. L'ivoirien a une sale mentalite.
Il faut un dictateur comme dans la Rome antique pour remettre au pas ce peuple desordonne a l'image de ses dirigeants. Le sage chinois dit que "le poisson pourri toujours par la tete."

Écrit par : xada | 29/12/2007

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