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21/12/2007

Histoire de classements

ce8765fdb0d053e47ce99178a97377e8.jpgC'est mon ami CouperColler qui m'a fait connaître cette expression qui résume le combat d'un certain nombre d'individus et de médias, dans la partie anglophone de notre continent : rebranding Africa.


"Rebrander" l'Afrique, c'est mettre en lumière des faits, des chiffres et des données qui illustrent mieux les réalités du continent, et en donnent une vision plus positive que celle véhiculée par les Occidentaux. Je dois avouer que j'avais un peu de méfiance pour ce concept, car c'est au nom de "l'Afrique positive" que certains magazines panafricains ont donné dans la dithyrambe sans nuances de nombreuses "démocratures" et de plusieurs "pères de la Nation" cramponnés à leurs fauteuils.

Mais certains faits donnent raison aux promoteurs du fameux mouvement de "rebranding" du continent. Aveuglés par leur afro-pessimisme, les journalistes et analystes financiers occidentaux finissent par se convaincre que l'Afrique n'existe pas, ou du moins ne peut compter dans la mondialisation.

Les classements des premières entreprises (du monde, d'un continent, d'un pays) donnent l'occasion de s'en rendre compte. Ainsi, alors que la Sonatrach (monstre algérien des hydrocarbures) a un chiffre d'affaires comparable au Coréen LG ou à l'Américain Boeing - et mérite à ce titre le rang de 80è entreprise mondiale -, le classement du magazine américain Forbes de cette année l'ignore royalement. Les experts de cette illustre institution de la presse financière ne savent peut-être pas où se trouve l'Algérie. Du coup, le dernier hors-série de Jeune Afrique consacré aux 500 plus grandes entreprises africaines vient comme un bol d'air frais. Parce qu'il est plus spécialisé, il permet de mettre en lumière de manière plus claire les réalités économiques du continent, le potentiel des entreprises qui s'y trouvent et les opportunités d'investissement. Bien connaître l'Afrique peut aujourd'hui rapporter gros. Les quelques rares groupes spécialisés dans le "private equity" en Afrique profitent bien des investissements judicieux qu'ils ont fait il y a quelques années, alors que le monde dormait, shooté au puissant somnifère qu'est l'afropessimisme.

Il faut faire connaître l'économie de l'Afrique. C'est pour cette raison que j'applaudis la diversification de la presse spécialisée sur le continent, tant qu'elle ne se contente pas de diffuser des publireportages à la gloire de quelques patrons au gros portefeuille publicitaire. Je me réjouis de la création de Les Afriques (www.lesafriques.com). En Côte d'Ivoire, je ne manque pas d'acheter "PME Magazine".

Justement, en ce mois de décembre, "PME Magazine" publie un classement des 500 premières entreprises de Côte d'Ivoire. Et il y a quelque curiosité à comparer son classement à celui de Jeune Afrique, qui consacre un tableau aux 50 plus grandes entreprises du pays des Eléphants. CNR International Côte d'Ivoire SARL, par exemple, est classée troisième entreprise ivoirienne (avec un chiffre d'affaires de près de 197 milliards et un résultat de plus de 159 milliards de F CFA), alors qu'elle n'est pas présente dans le classement de Jeune Afrique. Cargill West Africa est absent du classement de Jeune Afrique, quand le groupe Sifca est invisible du classement de "PME Magazine" - on n'y voit qu'ADM Cocoa Sifca, qui est une toute autre entreprise depuis que le groupe historique a cédé ses activités "cacao" au monstre américain des matières premières après la fin des "quotataires" en 1999.

Hypothèse probable : certaines entreprises, en Côte d'Ivoire et en Afrique, sont si réticentes à communiquer qu'on peut ne pas connaître leur chiffre d'affaires et leur résultat net. Y a-t-il une base de données remise à jour quotidiennement, où les "grandes boîtes" déposent tous les chiffres et données qui permettent de mieux les connaître ? On ne peut pas se plaindre de l'absence de visibilité quand on rechigne à se montrer sous son meilleur jour. L'adage "pour vivre heureux, vivons cachés", n'est pas adapté aux groupes financiers et industriels d'aujourd'hui.

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