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06/10/2009

Acacia Forum '09 : mon petit journal (1)

Je participe au très passionnant Forum Acacia pour l'Apprentissage et la Recherche (FAAR) organisé à Dakar (Hôtel Méridien Président) par le Centre de recherches pour le développement international (CRDI). Chaque jour, je ferai pour vous un petit résumé contenant mes observations personnelles. En effet, la politique et les enjeux des TICs en Afrique nous concernent, engagent notre avenir de citoyens et nous devrions nous y intéresser de plus près.

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Des barrières et des escaliers. S'il fallait résumer cette première journée du FAAR en une métaphore architecturale, j'utiliserais ces deux images. On a beaucoup parlé, aujourd'hui, des obstacles qui empêchent le développement, en Afrique, de "sociétés connectées"; mais aussi des "bonnes  pratiques" publiques, privées ou communautaires qui pourraient transformer nos impasses actuelles en boulevards.

Nous avons évoqué des barrières institutionnelles créées par les gouvernements qui peuvent ne pas se rendre compte de la nature des enjeux dans un contexte où les choses bougent beaucoup ; qui peuvent vouloir tout contrôler par peur du changement ; qui peuvent rechigner à faire les investissements nécessaires ou mal organiser le secteur pour diverses raisons.

J'ai été impressionné par le cas du Rwanda, qui a priori cumule les avantages. C'est un tout petit pays qui sortait d'une guerre civile et d'un génocide au moment où Internet explosait. Mais la volonté politique au sommet, et l'implication personnelle du président Paul Kagame a fait des miracles. Aujourd'hui, le Rwanda, qui s'est connecté à la fibre optique en se raccordant à ses voisins de la côte, songe à la revendre à des régions encore plus enclavées, comme l'est de la République démocratique du Congo et le Burundi, à travers la création d'un "backbone" national.

J'ai retenu que pour venir à bout des barrières institutionnelles, il ne faut pas laisser le débat sur le développement des TIC au seul gouvernement. Les sociétés civiles, les universités doivent s'impliquer, pousser, éveiller la population en lui montrant ce qui se fait de bien ailleurs et qui pourrait être transposé localement. Un intervenant est même allé jusqu'à dire qu'il fallait trouver un mécanisme pour que les instances de régulation ne soient plus "prises en otage" par les gouvernements, mais gérées aussi par la société civile et le secteur privé. Osé, non ? Certes. Mais aujourd'hui, les citoyens de Côte d'Ivoire, par exemple, font-ils entendre leur voix pour orienter la politique de l'Etat et les pratiques des régulateurs ? Nous devons mieux comprendre et mieux transmettre des enjeux qui engagent notre avenir.

acacia.jpgNous avons également parlé des obstacles financiers et technologiques. La bande passante coûte cher à l'Afrique, de manière globale. Et elle est revendue cher par les opérateurs, ce qui limite la connectivité. Les propositions allant dans le sens de l'utilisation d'Internet à travers le téléphone mobile m'ont particulièrement marqué. C'est vers cette direction que l'Asie du Sud-Est s'achemine. Et un intervenant a évoqué la probable fusion MTN-Bharti comme une opportunité de "transfert de technologies" dans ce domaine. Il a aussi été question de rationaliser le partage du "spectre" entre les différents fournisseurs d'accès, mais également entre les civils et les militaires - qui disposent souvent de "jus" non exploité.

Les obstacles linguistiques et l'analphabétisme ont également été évoqués. Mais des initiatives audacieuses existent - personnellement, j'ai pensé à Maneno, outil de publication de blogs traduit dans plusieurs langues africaines... Par ailleurs, des initiatives d'alphabétisation fonctionnelle à travers le mobile existent et ne demandent qu'à être dupliquées.

Bref, les usages sont au centre de tout. Il faut créer les outils technologiques qui permettent à tous (et surtout aux plus pauvres) de mieux vivre, mieux se soigner, gagner de l'argent, et les faire émerger progressivement.

Demain, de nombreux intervenants évoqueront leurs expériences précises dans les secteurs de la recherche sur les TIC et de l'innovation.