08.10.2008
Affaire Kieffer : l'invisible convocation du juge Ramaël

L'on reparle ces derniers jours de ce fameux juge, à l'occasion de la contre-attaque médiatique de Maître Ange-Rodrigue Dadjé, avocat de Simone Ehivet Gbagbo et de Paul-Antoine Bohoun Bouabré. Cet avocat essaie de monter un dossier pour attaquer en diffamation la radio RFI - qui a été la première à annoncer la "convocation" de ses clients par Ramaël. "Convocation" qui n'a pas emprunté les voies "classiques" selon les porte-voix médiatiques du juge français, et que les concernés disent n'avoir jamais reçu.
Que dit Maître Dadjé ? Lisons un extrait de son interview dans Notre Voie :
"Notre Voie : Me Ange Rodrigue Dadjé, en votre qualité d’avocat de Mme Simone Ehivet Gbagbo et M. Paul Antoine Bohoun Bouabré, vous êtes particulièrement remonté contre le juge d’instruction français Patrick Ramaël, chargé d’enquêter sur la disparition, en avril 2004, à Abidjan, du journaliste franco-canadien Guy André Kieffer. Qu’est-ce qui justifie votre colère ?
Me Ange Rodrigue Dadjé : Je vais vous faire l’historique de l’affaire qui me préoccupe et vous comprendrez ma colère. Les 8 et 9 juillet 2008, la radio française RFI annonçait abondamment la convocation en France de mes clients, Mme Simone Gbagbo et M. Paul Antoine Bohoun Bouabré, par le juge d’instruction français Patrick Ramaël, pour une audition à son cabinet d’instruction, le 10 juillet 2008, relativement à la disparition à Abidjan du journaliste Guy André Kieffer. Je ne pouvais pas dégager une position tant que je n’avais pas un certain nombre d’informations. La première information capitale que j’ai eue, c’est que mes clients n’ont reçu aucune convocation de la part du juge Ramaël. J’ai donc immédiatement fait le démenti sur la radio RFI et à l’agence AFP. Je me suis ensuite rendu en France, particulièrement au bureau du juge Patrick Ramaël, à qui j’avais adressé un courrier, le 22 juillet 2008, dans lequel je lui demandais si l’information balancée par RFI selon laquelle il convoquait mes clients était avérée.
N.V. : Qu’est-ce que le juge Patrick Ramaël vous a répondu ?
Me A.R.D. : Il n’a pas voulu me recevoir, alors que je m’étais rendu à son cabinet. Et puis, depuis le 22 juillet jusqu’à ce jour, il n’a jamais répondu à mon courrier. J’ai donc pris acte. Mais j’ai estimé que son silence et son refus de me rencontrer étaient préjudiciables à mes clients.
N.V. : Pourquoi ?
Me A.R.D. : Pour la simple raison que, s’il me disait qu’il n’avait pas convoqué mes clients, la radio RFI tombait automatiquement sous le coup d’une procédure en diffamation. Et j’engageais sans délai une procédure contre RFI. Mais, la procédure en diffamation en France se prescrit au bout de trois mois. Vous imaginez, depuis les 8 et 9 juillet, nous avons dépassé les trois mois. Je ne peux donc plus engager une telle procédure contre RFI. Le silence du juge Ramaël protège implicitement la radio RFI. Ce qui n’est pas normal. S’il m’affirmait qu’il avait convoqué mes clients, alors comme je l’ai dit dans mon courrier, je lui aurais demandé de me produire la copie de la convocation afin que je puisse en vérifier la régularité juridique. D’autant que la Côte d’Ivoire n’est pas un quartier de Paris (capitale de la France). Elle ne relève donc pas de la compétence territoriale du juge Ramaël. La Côte d’Ivoire et la France sont deux Etats différents et souverains qui, pour permettre aux magistrats d’un Etat de faire des procédures dans un autre Etat, ont signé une convention de coopération judiciaire qui date de 1961. J’allais vérifier comment la convocation répondait aux prescriptions de la cette convention de coopération qui disent que, dans une telle situation, on utilise la procédure de la commission rogatoire. Vous adressez votre demande par voie diplomatique et elle arrive à l’Etat de Côte d’Ivoire qui apprécie souverainement l’opportunité d’entendre la personne concernée par la convocation. L’Etat de Côte d’Ivoire peut accepter ou refuser cette demande pour diverses raisons. Par exemple, qu’elle est susceptible de troubler son ordre public. Si l’Etat de Côte d’Ivoire accepte la demande, elle la transmet à un magistrat ivoirien compétent qui convoque la personne concernée pour l’entendre. Dans notre cas, il ne s’agit pas de simples justiciables. Nous parlons du ministre d’Etat Bohoun Bouabré et de Mme Simone Gbagbo, qui, outre sa qualité d’épouse du chef de l’Etat ivoirien, est député à l’Assemblée nationale. Il faut obligatoirement que l’Assemblée nationale se réunisse pour l’autoriser à être entendue en cas de commission rogatoire."
En clair, c'est l'histoire d'un juge qui cherche à remettre une convocation à un justiciable, mais qui refuse de recevoir ou de répondre aux courriers de l'avocat de ce justiciable, en dépit du droit et de la courtoisie. C'est surtout à mon avis l'histoire d'un juge incompétent et politicien qui est arrivé à une impasse dans son enquête et essaie de faire diversion pour apparaître au final comme un héros. La vraie-fausse convocation de Simone Ehivet Gbagbo et de Paul-Antoine Bohoun-Bouabré était une grosse erreur. Ramaël le sait. Il sait que l'avocat de ces personnalités ivoiriennes poussera l'avantage aussi loin qu'il peut. "Quand les trois mois seront passés, je me rendrai en France pour me rapprocher du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), pour porter plainte contre le comportement du juge Ramaël qui a été préjudiciable à mes clients", a-t-il déjà annoncé. Ramaël sait également que le pouvoir Sarkozy, fatigué par ses méthodes ILLEGALES, n'hésitera pas à le sacrifier.
Du coup, événement ! Le frère et l'épouse de Kieffer apparaissent et expliquent qu'un conseiller de Nicolas Sarkozy aurait intimidé un éventuel témoin - dont l'identité n'est pas révélée. Qui leur a donné "l'information" ? Le juge Ramaël, évidemment. Le décor est planté : les pouvoirs Gbagbo et Sarkozy conspirent pour bloquer l'enquête du "preux juge" au nom de la raison d'Etat. Les politiciens sont de toute façon considérés comme pourris d'avance par les médias, qui révèrent d'avance les hommes en robe qui s'attaquent aux puissants. CQFD.
20:32 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
06.10.2008
La blogosphère afro peut-elle aller plus loin ?
Vraiment désolé, mes chers villageois, de mon manque de régularité. Des petits ennuis de santé récurrents...
Pour une petite remise en jambes, j'aimerais bien qu'on débatte d'une question qui me taraude l'esprit depuis un certain temps : celle du devenir de la blogosphère afro-orientée.
Quel bilan peut-on tirer de l'éveil des blogs afro ? Qu'ont-ils apporté à la "conversation globale" ? Quelles initiatives pouvons-nous prendre pour aller plus loin, renforcer l'impact des blogs, les faire mieux entendre ? Comment les monétiser, pour permettre aux blogueurs les plus engagés de gagner de l'argent grâce à leur production, mais aussi de se déplacer, de prendre le temps de travailler en profondeur sur certaines thématiques ?
J'avoue que j'ai souvent l'impression que les blogs africains demeurent à la lisière des différents débats, qu'ils demeurent une affaire exclusive des jeunes appartenant aux classes moyennes ou aisées et de la diaspora éduquée.
J'ai bien peur que le blogueur africain, aspiré par le quotidien, s'essouffle progressivement, notamment parce que bloguer lui prend beaucoup de temps et ne lui rapporte rien, y compris en termes de "rémunération symbolique" et de visibilité de ses idées.
Suis-je trop catastrophiste ? Trop pessimiste ? Trop journaliste dans l'âme ?
18:12 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note
20.09.2008
Pendant ce temps, l'ANC se déchire

Une impression désagréable me traverse l'esprit : on dirait que Zuma veut prendre la justice de vitesse, et devenir président avant que l'aboutissement d'une autre procédure le rende inéligible. Pour cela, l'ANC impose à l'Afrique du Sud une crise politique inutile et très mauvaise pour son image, dans un contexte où les "négrologues" voient un début de Rwanda partout en Afrique dès lors que des problèmes surviennent. Rien que pour cela, il faudrait peut-être que ce parti s'affaiblisse et cesse de transformer ses crises internes en problèmes nationaux. Dans un tout autre contexte, on a vu où la "guerre civile" à l'intérieur du tout-puissant PDCI-RDA a conduit la Côte d'Ivoire...
Au fait, que pensez-vous de Jacob Zuma ? Personnellement, il ne me rassure pas. Je ne pense pas que l'Afrique du Sud d'aujourd'hui a besoin, sur le plan international, d'un président qui traîne avant son élection autant de casseroles. Je comprends toutefois que son côté "insider", vétéran de la lutte armée anti-apartheid et proche du peuple puisse séduire après près de dix ans d'une présidence Mbeki qui cultivait l'art de la distance, du secret et de l'intellectualisme.
Pour aller plus, un article de Rue 89 et la plateforme de blogs sud-africaine Thought Leader.
16:07 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
05.09.2008
Simone Gbagbo, mère-courage
Depuis le début de cette semaine, la presse ivoirienne suit avec beaucoup d'intérêt la tournée de Simone Ehivet Gbagbo, Première Dame et présidente du groupe parlementaire FPI, dans le centre-nord du pays, tenu par les Forces nouvelles. Et pour cause : c'est la première fois qu'elle, considérée - à tort ou à raison - comme une "dure" de la coalition présidentielle, foule le sol des zones pudiquement appelées "CNO" depuis le début de la guerre qui a commencé le 19 septembre 2002.
Les regards sont d'autant plus tournés vers les villes et villages traversés par Simone Gbagbo qu'elle a choisi, envers et contre tout, de parler dans "l'antre du loup" comme elle le ferait à Abidjan. Partout où elle est passée, elle a tenu à dire sa désapprobation face au maintien en l'état de l'infrastructure militaire des Forces nouvelles. Elle n'a pas manqué d'interpeller directement Hervé Vétcho, comzone de Katiola, en ces termes :
«Quand j’entends Com zone, (…) moi ça me dérange. On ne doit plus avoir de zones, on ne doit avoir que des départements de la République (…) Je voudrais lui faire appel pour qu’il cesse d’être com-zone et qu’il devienne un citoyen de la République (…). Où il est Vetcho? Je voudrais vous demander d’accepter, (dans le même temps, Vetcho qui a voulu s’asseoir, se voit fermement invité par la Première dame de rester debout). Non, non, non, il faut rester débout, je n’ai pas encore fini de parler. Il faut accepter de ne plus être Com-zone, mais d’être un citoyen respectable et respecté par tous. Je suis sûr que les qualités que vous avez démontrées, vous saurez les mettre à la disposition de Katiola, pour que nous puissions venir à Katiola sans préoccupation, sans souci parce que nous savons que vous et vos hommes faites le travail de sécurité, mais cette fois, sous le drapeau ivoirien».
Bien entendu, ni l'intéressé ni ses congénères des Forces nouvelles n'ont apprécié. Ils n'ont pas manqué de le dire, dans des formules où les menaces voilées affleuraient. Simone Gbagbo ne s'est pas laissée faire. Elle a accepté d'avoir une rencontre avec les FN mais à une condition : "Discuter, oui ! Changer de discours, non !" Dans le petit village de Kapélé Sokoro, elle a dit : "Vous avez expérimenté en direct la gestion par une rébellion, avec toutes les souffrances qu'il y a eu."
La Première Dame de Côte d'Ivoire a-t-elle tort ? Fait-elle dans la provocation gratuite ? Certains journaux le pensent. Parmi eux, "Le Nouveau Réveil", quotidien proche de Henri Konan Bédié, qui vient de faire un meeting à Bouaké où il a chargé Gbagbo et ménagé Soro, quand bien même il disait à Yopougon que la Côte d'Ivoire ne devait pas être l'otage des chefs de guerre...
Pour ma part, je pense que Simone Gbagbo a fait preuve de courage - malgré sa garde personnelle, assez nombreuse, elle est tout de même en zone FN. Par ailleurs, son attitude politique a l'avantage d'être plutôt saine. La paix advient plus facilement entre des interlocuteurs au langage clair qu'entre des individus qui cachent dans leur gibecière un "plan B", un "plan C", voire une "tactique Z". L'attitude politique de Simone Gbagbo est aux antipodes des faux-semblants et du clair-obscur pratiqués ces dernières années par une classe politique disant une chose le matin et son contraire le soir. Elle a le mérite de faire avancer le débat autour d'une question que tout le monde se pose : quand est-ce que l'autorité pleine et entière de l'Etat central s'exercera-t-elle enfin ? Tirer les membres des Forces nouvelles de leur confort, leur rappeler leurs engagements à Ouaga n'est peut-être pas "ouagadougoument correct", mais peut être salutaire pour l'avancée du processus de paix. Personne ne se sépare des"passe-droits" et rentes de situation créées par l'administration de territoires plus grands que de nombreux pays, s'il est en permanence caressé dans le sens du poil.
00:05 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : simone gbagbo, tournée, fn, comzones, côte d'ivoire
01.09.2008
Des télés panafricaines, pour dire quoi ?
Certains parmi vous, lecteurs de ce blog, m'ont reproché après mon dernier post de me contenter de sonder d'éventuels conflits de leadership derrière l'annonce de l'ambitieux projet "Africa 24" et d'escamoter une problématique plus centrale : l'enjeu, pour l'Afrique, de disposer de ses propres instruments de communication, qui lui permettront d'avoir sa propre voix dans le concert de la mondialisation médiatique.
Les expériences des "Al-Jazeera", "Al-Arabiya", "CNN", "France 24" ou "Telesur" défient l'Afrique et lui montrent le chemin à suivre. Elle le fait déjà, de manière balbutiante - c'est une évidence.
Je vous propose de débattre sur ce que vous attendez d'une chaîne de télévision panafricaine et ce que vous pensez de ce qui existe aujourd'hui. Personnellement, j'attends une chaîne de télévision qui essaie de couvrir l'actualité d'un maximum de pays africains et diffuse des débats politiques et sociétaux élevant le niveau général de la population et la culture citoyenne. Et vous ?
22:45 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
29.08.2008
Obiang-Bongo : la guerre des télés
Et si la guerre de leadership entre les chefs d'Etat des "pétro-Républiques" d'Afrique centrale se poursuivait sur un terrain bien singulier, celui des chaînes de télévision panafricaines ? Tout porte à croire qu'Omar Bongo Ondimba et Teodoro Obiang Nguema, qui se méfient profondément l'un de l'autre, veulent avoir chacun "sa" Al-Jazeera, histoire de ne pas laisser à l'autre le monopole de la "parole internationale" et des petites campagnes médiatiques perfides.
Tout commence par des conflits entre les fondateurs de 3A Télésud qui se terminent par l'éjection de Constant Nemale, le "visage" de la chaîne, au profit d'un homme d'affaires gabonais, Eric Benquet, accusé par ses ennemis d'être l'homme de paille de Pascaline Bongo, la très influente fille de son père. Nemale, fils de personne, refuse de s'en laisser conter. Il lance un ambitieux projet de chaîne de télévision panafricaine, et très astucieusement, se jette dans les bras d'Obiang, qui voit en lui "un bon petit" qui améliorera l'image de son pays en chantier sur la scène internationale et qui fera comprendre à Bongo voire à Biya qu'il n'est plus un "petit président". Il annonce donc très clairement qu'il soutiendra Africa 24 dans ce communiqué que nous avons reçu au moins trois fois dans notre boîte email - ce qui témoigne de l'activisme des acteurs de cette guerre des télés à la fois sur le terrain des blogs et des mailings :
Malabo, 19-08-2008 : CIDGE- Le Ministre de l'Information, de la Culture et du Tourisme et Porte Parole du Gouvernement, Jeronimo OSA OSA EKORO, a annoncé la signature officiel d'un important accord de coopération avec une nouvelle chaîne de télévision, AFRICA 24, dont le siège de production est à Paris (France). Un acte qui s'est déroulé lors d'une conférence en présence de son Excellence ELO NDONG NSEFUMU, troisième Vice-Premier Ministre du Gouvernement et représentant spécial du chef de l'Etat à la cérémonie. Le Fondateur de AFRICA 24, a présenté les objectifs de la nouvelle chaîne, véritable première chaîne d'information mondiale sur l'Afrique qui a pour objectif de présenter le véritable visage dynamique et évolutif du continent Africain. Un continent aujourd'hui présenté par les médias internationaux sous un angle essentiellement tragique. La Guinée-Equatoriale s'est dit heureuse de s'engager aux côtés des 14 autres pays africains qui ont décidé de rejoindre la nouvelle chaîne de télévision AFRICA 24. Valorisée à hauteur de 50 millions d'euros, la nouvelle chaîne de télévision panafricaine émettra officiellement à partir du 1er janvier 2009.
Vous avez lu comme moi : Africa 24 serait soutenue par 14 autres pays africains. Réalité ou bluff ? On peut se demander, dans cette guerre de
chefs d'Etat, quels camps choisiront Paul Biya - qui ne cache pas son peu d'estime à la fois pour Obiang et pour Bongo - et Laurent Gbagbo - qui a souvent témoigné de l'intérêt au projet 3A Télésud du temps de Némalé...On peut aussi se poser d'autres questions. Ces chaînes concurrentes travailleront-elles à renforcer le panafricanisme ou les guerres stupides de nos chefs de village ? Est-il souhaitable que la "parole panafricaine" ne soit affaire que de chefs d'Etat et de leurs enfants, surtout lorsque l'on sait que les deux qui sont aux prises ne sont pas particulièrement attachés à la liberté d'expression chez eux ? Quelle est donc la stratégie du leadership gabonais, qui a vendu Africa n°1 à Kadhafi après avoir acheté 3A Télésud ?
Question subsidiaire : que devient la télévision panafricaine du banquier camerounais Paul Fokam, qui a déjà réussi à être au tribunal avec de nombreux ex-cadres estimant avoir été floués ?
15:32 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
15.08.2008
Des "blogcamps" à Abidjan ?
Une petite idée fait son chemin dans mon esprit : et si nous organisions des "blogcamps" à Abidjan ? Des rencontres au cours desquelles nous échangerions sur nos expériences de blogueurs, où nous formerions ceux qui le veulent au blogging - quand on pense aux avantages que pourraient tirer nos artistes ou nos entreprises en matière d'exposition, on se dit que quelque chose se gaspille forcément...
Je reste perplexe sur un certain nombre de points :
- Où organiser de telles rencontres ?
- Comment ? En partenariat avec des organisations qui voudraient former leurs membres/adhérents/travailleurs ?
- Comment financer de telles rencontres ?
- Et puis, au final, est-ce que c'est vraiment un besoin ?
15:02 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
07.08.2008
Voici l'accord de coopération judiciaire France-Côte d'Ivoire
Je le verse au dossier de la discussion sur l'affaire Kieffer et le respect par le juge Ramaël de ce fameux accord.
Un extrait qui me semble significatif :
Titre H. Chapitre I.
Article 3
Les commissions rogatoires, tant en matière civile et commerciale qu'en matière pénale et administrative, à exécuter sur le territoire de l'un des Etats contractants seront transmises par la voie diplomatique pour être exécutées par les autorités judiciaires de l'Etat requis.
Article 4
L'Etat requis pourra refuser d'exécuter une commission rogatoire si celle-ci n'est pas de sa compétence ou si elle est de nature à porter atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou à l'ordre public dudit Etat.
Article 5
Les personnes dont le témoignage est demandé seront invitées à comparaître par simple avis administratif. Si elles refusent de déférer à cet avis,l'autorité requise usera des moyens de contrainte prévus par la loi de l'Etat où a lieu la comparution.
Article 6
Sur demande expresse de l'autorité requérante, l'autorité requise fera toutes diligences pour :
1 ° Exécuter la commission rogatoire selon une forme spéciale si celle-ci n'est pas contraire à la législation de l'Etat où a lieu l'exécution de cette commission;
2° Informer en temps utile l'autorité requérante de la date et du lieu où il sera procédé à l'exécution de la commission rogatoire, afin que les parties intéressées puissent y assister dans le cadre de la législation de l'Etat requis.
Article 7
L'exécution des commissions rogatoires ne donnera lieu au remboursement d'aucun frais, sauf en ce qui concerne les honoraires d'experts.
Article 8
Les dispositions du présent chapitre n'excluent pas la faculté pour les Etats contractants de faire exécuter directement par leurs représentants ou les délégués de ceux-ci les commissions rogatoires relatives à l'audition de leurs ressortissants.
En cas de conflit de législation, la nationalité de la personne dont l'audition est requise sera déterminée par la loi de l'Etat où la commission rogatoire doit être exécutée, au moment de sa délivrance.
CHAPITRE II. COMPARUTION DES TÉMOINS EN MATIÈRE PENALE
Article 9
Si, dans une cause pénale, la comparution personnelle d'un témoin est nécessaire, le Gouvernement de l'Etat où réside le témoin l'engagera à se rendre à l'invitation qui lui sera faite. Dans ce cas, les indemnités de voyage et de séjour, calculées depuis la résidence du témoin, seront au moins égales à celles accordées d'après les
tarifs et règlements en vigueur dans l'Etat où l'audition devra avoir lieu. Il lui sera fait sur sa demande, par les soins de l'autorité consulaire de l'Etat requérant, l'avance de tout ou partie des frais de voyage.
Article 10
Aucun témoin qui, cité dans l'un des deux Etats, comparaîtra volontairement devant les juges de l'autre Etat, ne pourra y être poursuivi ou détenu pour faits ou condamnations antérieures à son départ du territoire de l'Etat requis. Cette immunité cessera quinze jours après la date à laquelle la déposition aura pris fin et où le
retour du témoin aura été possible.
Article 11
Les demandes d'envoi de témoins détenus seront acheminées par la voie diplomatique.
Lire l'accord dans son intégralité ici. Qu'en pensent les juristes du village ?
23:20 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
24.05.2008
"Paix des braves" entre la Côte d'Ivoire et "ses" Français ?

"Excellence, Monsieur le Président de la République nous profitons de l’occasion qui nous est donnée, pour avoir une pensée particulière pour l’ensemble des victimes liées aux évènements de novembre 2004.
Aussi nous voudrions adresser au peuple ivoirien un message de solidarité et de soutien au nom de l’association.
Selon nous, nous avons été otages et victimes de la politique politicienne de certains anciens dirigeants français qui nous ont sacrifiés sur l’autel de leurs intérêts. C’est pourquoi, Excellence Monsieur le Président de la République et de façon solennelle nous vous demandons pardon.
Excellence, Monsieur le Président de la République, en tant que Président de l’ADESCI et au nom des opérateurs économiques que je représente, nous tenons à vous féliciter pour le climat d’apaisement qui règne dans notre pays dû, à votre idée novatrice du dialogue inter-ivoirien dont vous êtes l’initiateur, et, qui permet à tous les Ivoiriens dont nous faisons partie de retrouver espoir. (...)
Que « l’arbre puisse accueillir de nouveau ses oiseaux ». (...)
Excellence, Monsieur le Président de la République, nous savons que notre départ de Côte d’Ivoire a servi à véhiculer une image négative sur votre politique et sur la Côte d’Ivoire, et a servi de fonds de commerce pour d’autres.
Nous, enfants de Côte d’Ivoire, nous voulons à travers les medias rétablir la vérité sur la scène internationale, pour rendre à César ce qui est César."
Extrait de la réponse de Gbagbo, surtout adressée (à mon avis) à un certain nombre de personnes bien ciblées à Paris.
"Sous mon mandat, la Côte d’Ivoire n’aura jamais une rupture avec la France. Je vous le dis parce que cela n’a aucun sens. Nous sommes le pays qui a les rapports les plus intimes, les plus anciens, les plus historiques et les plus caractéristiques avec la France. Des dirigeants politiques ivoiriens, je suis celui qui ne parle pas une autre langue que le français. C’est un choix. […] . La France est un pays avec lequel nous avons tant de liens. […] .
Il y a eu une embrouille entre ceux qui étaient à l’époque à l’Elysée et moi. Je l’ai maintes fois expliqué. Je ne suis pas un Sous-Préfet français nommé en Côte d’Ivoire. Je suis un Chef d’Etat élu. Si on décide quelque chose qui concerne mon pays, le moins qu’on puisse faire, c’est que je sois au courant. Je n’ai pas une nature de marionnette et je ne l’accepte pas dans les relations internationales.
C’est cela qui a entraîné tous ces dérapages. Si j’en avais contre la France, je ne sais pas pourquoi aujourd’hui, les relations seraient apaisées avec les nouveaux dirigeants. C’est parce qu’ils ont changé de comportements. Ils n’ont pas les comportements des anciens. Ce qui c’est passé depuis 1999, toutes ces crises à répétition sont des catastrophes pour les entreprises françaises mais pour tout les cas d’entreprises d’ailleurs. Une entreprise a besoin de paix et de sérénité pour se développer. Et nous avons besoin des entreprises pour lutter contre le chômage. Pour lutter pour que le niveau de vie augmente.
Nous avons besoin les uns des autres. Je ne connais pas en Côte d’Ivoire, un homme politique qui peut dire qu’il n’a pas besoin des entreprises françaises. Ce n’est pas de la démagogie. C’est de la rationalité. C’est le bon sens. Maintenant que la situation est beaucoup plus calme, que nous nous préparons à aller aux élections, il faut quand même que les gens sachent que dans tous les grands choix que nous avons opérés, ce sont les entreprises françaises que nous avons choisis. Non pas pour faire de la démagogie, mais parce que c’est à elles que nous sommes habitués. Quand on travaille, on prend les instruments qu’on a l’habitude d’utiliser. Quand en 2004, j’ai eu à choisir d’autorité, parce qu’on avait des appels d’offre infructueux, une entreprise pour gérer le quai à conteneurs, j’ai choisi Bolloré. Il s’est trouvé à l’Elysée, des gens pour dire que Bolloré m’avait donné de l’argent. J’ai dit «mais s’il m’a donné de l’argent, vous êtes les plus heureux, parce que c’est une entreprise de chez vous». C’est cela qui était malsain dans les rapports."
Les échanges Gbagbo-entrepreneurs français en intégralité ici. En vidéo, ici.
Question au village : que faut-il en penser ?
15:25 Publié dans A débattre | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note

