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02/02/2013

La République du Mali est morte ! Mes frères, pleurons !

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Avec un peu de provocation, c'est ainsi que l'on pourrait résumer un très intéressant dossier du Dr Pierre Franklin Tavarès, intitulé "Qui va sauver le Mali ?" Le propos est dur, mais juste.

"Au vrai, le Mali n’est plus un État indépendant, si ce n’est par l’apparence des attributs. Il ne peut garantir ses frontières, sa classe politique est anéantie et l’ensemble du corps social est désemparé. Le Mali n’a plus les moyens de sa propre existence et ne doit sa survie, si l’on en croit ses hommes politiques, qu’à l’intervention de son ancien colonisateur. Aussi affligeant soit-il, ce constat pourrait être étendu à la quasi-totalité des États francophones d’Afrique noire. En effet, en matière de sécurité intérieure et extérieure, la France porte à bout de bras toutes ses anciennes colonies. Le Mali en est l’exemple le plus cru et le plus éclatant. Cruelle ironie de l’histoire, jamais la FrançAfrique n’a été aussi forte.

Au reste, il y a quarante-trois ans, à Paris, Franklin Boukaka chantait ses « lamentations » africaines, avec Ayé Africa. Ce titre, sa triste mélodie et ses paroles restent dans les mémoires, parce qu’ils mettaient déjà au jour le dévoiement des États africains, dix ans à peine après les indépendances. Les premières paroles établissent un constat sans équivoque : Ayé é Africa, Eh é é Africa, O oh lipando. (...)

Pour les nations, être dans l’histoire, y rester, persister, y tenir une place, c’est s’organiser en État. En un État viable et fiable. Aussi controversé soit-il, le Discours de Dakar ne voulait pas dire autre chose. La Crise malienne révèle la fragilité des États africains. Et la communauté des sciences sociales africaines, si prolixe en d’autres occasions, s’est enfermée dans un assourdissant mutisme, quand on se rappelle de son vent de colère soulevé par le Discours de Dakar. Sous ce rapport, le silence d’Adame Ba Konaré est frappant.

Somme toute, la crise malienne conforte les « lamentations » de Franklin Boukaka et elle juge sévèrement Amadou et Mariam, dont la belle innocence vante les dimanches de mariage à Bamako.

En tous les cas, avec et après la Crise malienne, l’Afrique ne sera plus la même. Il s’agit d’un tournant dont on n’entrevoit pas encore la portée, tournant aussi important et décisif que de celui de 1989, qui vit l’écroulement du monde soviétique. Une nouvelle carte des nations est en cours de distribution. Les États africains impotents ne résisteront pas. (...)

Lorsque la vertu cesse, la République est une dépouille

Le Mali ? Vaste territoire, en Afrique de l’ouest, à la charnière de deux « mondes », arabe et noir. Ex-colonie française. Un État pauvre et un pauvre État. Les institutions publiques n’y sont plus qu’un amas chaotique ou des structures de vacarme. Pire, l’idée de l’État y a disparu. Il n’en reste que le squelette, une apparence totalement décharnée. Le Mali n’a pas échappé à une vérité universelle : un État qui ne se nourrit pas de « l’idée de l’État », un État qui donc ne repose pas sur lui-même, cet État-là entre en décomposition, de façon inéluctable. Il n’y a pas de magie, mais des règles objectives dans l’histoire des peuples et des nations.

S’il n’y a pas d’État, comment pourrait-il y avoir de « Chose publique », de Ré-publique ? Tout est privé, ou du moins est conçu et géré comme une affaire privée. Le caprice et l’arbitraire sont maîtres au Mali. Lorsque [la] vertu cesse, dit Montesquieu, […] la République est une dépouille. Le Mali est face à cette vérité. Or, s’il n’y a ni État ni République, sur quels fondements solides peut reposer la Démocratie ? Partout est admis qu’une nation ne se gouverne que par les lois. Là-bas, la « chose publique » ne s’appuie pas sur la « vertu » ou sur les « lois », mais tout à l’opposé sur les « grins », qui valent plus que les partis politiques. Qu’est-ce que cela qui, tout en étant informel, est au-dessus du formel, c’est-à-dire des partis politiques et des institutions ? Le « grin »au Mali, écrit Seydou Keïta, est une habitude sociale de rencontres régulières entre amis, à la limite entre le « privé » et le « public » ; ce qui revient à admettre que le grin abolit, de fait, la grande distinction républicaine entre le « privé » et le « public ». Ils constituent des espaces importants du tissu social. Une sorte d’arbre à palabres, où l’on rend des combines d’arbitrage, où se font et se défont les arrangements de complaisance, où se recrutent les dirigeants. La République y est malmenée. Une telle invention, dont on entrevoit le danger et les effets dévastateurs, a fini par éroder l’ensemble des institutions publiques."

Lire l'ensemble du dossier ici.

 

Crise malienne, relation infantile entre la France et ses anciennes colonies : les vérités d'Achille Mbembé

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Il les a prononcées dans le cadre d'une interview accordée au journal sénégalais Sud Quotidien. Extraits.

Les Africains anglophones, plus émancipés que les Francophones ?

"[Les Africains anglophones] savent, mieux que les Africains francophones, faire réseau et investir les espaces-tiers. Ils n’ont guère, à l’égard de l’ex-pays colonisateur, la même attitude infantile que la plupart des francophones cultivent à l’égard de la France. Ils ont, en outre, l’avantage de s’appuyer sur une langue dominante qui elle-même constitue une ressource de poids sur les scènes de la mondialisation.  Sur place en Afrique, ils dirigent la très grande majorité des organisations continentales. Ils sont également à la tête de presque toutes les fondations américaines implantées en Afrique.

Les Africains francophones, par contre, ne savent pas faire masse. Ils dépendent presqu’entièrement de la France pour leur survie symbolique. Or, la France est une puissance en voie de déclassement et rongée, comme d’ailleurs le reste de l’Europe,  par un extraordinaire désir d’Apartheid. Ayant décolonisé sans s’auto-décoloniser, elle peine à échapper à la triple impasse du racisme, du mercantilisme et du paternalisme. Du coup, elle est devenue une souricière pour beaucoup d’intellectuels, d’artistes et de créateurs africains francophones."

"Sur un plan théorique, ma position a toujours été claire. C’est aux Africains de régler eux-mêmes leurs différends. Je suis donc, par principe, opposé aux interventions militaires étrangères en Afrique, surtout si ces interventions sont décidées unilatéralement. Cette position de principe repose sur la conviction selon laquelle, c’est aux Africains et à eux seuls de dire le cours qu’ils veulent imprimer à leur destin. Tout comme les luttes des Africains doivent être définies et menées par les Africains d’abord, c’est à eux d’abord de régler leurs différends. Et s’il y a un prix à payer, ils doivent s’en acquitter les premiers. C’est à cette condition qu’ils seront  maîtres et propriétaires d’eux-mêmes, créateurs et ayant-droits, et non point des pions dans les schémas des Autres.

Voilà le principe. Viennent ensuite les implications, ou encore la position de responsabilité. Car dire que l’on est opposé aux interventions militaires étrangères en Afrique ne suffit point. Il s’en suit nécessairement  que nous nous dotions, à l’échelle continentale, de moyens militaires communs pour régler les cas qui nécessiteraient le recours à la force légitime, dans un cadre juridique que nous nous serions, au préalable, librement donnés.

Et donc les Africains ne peuvent pas applaudir les troupes françaises en partance pour le Nord du Mali sans, dans le même mouvement, reconnaître que l’intervention française consacre leur impuissance et met à nu leur incapacité à s’auto-déterminer. Et si, de fait, ils sont incapables de s’auto-déterminer, alors pourquoi sont-ils indépendants ? Pourquoi ne pas, simplement, les remettre sous tutelle ?"

La menace islamiste est-elle le danger ultime pour l'Afrique ?

"Le grand danger qui menace l’ensemble du Continent, c’est le vide hégémonique. C’est la mollesse des institutions continentales dans un contexte d’affaiblissement des formes nationales de la souveraineté, d’intensification de l’économie d’extraction,  d’émergence d’une classe de sans-travail notamment parmi les cadets sociaux, de multiplication des guerres de prédation qui mêlent acteurs internes et externes, de déterritorialisation relative des ensembles hérités de la colonisation et d’émergence de nouvelles formes de luttes pour la survie.

Le grand danger, c’est également l’absence d’un noyau d’États-phares ou d’États-locomotives qui, de concert, travailleraient pour juguler les tendances au morcellement et à la balkanisation, pour accroître nos marges d’auto-détermination, pour négocier avantageusement avec le reste du monde.

Car, en plus des formations religieuses de la violence, d’autres dangers pointent, - la montée du mercantilisme chinois en Afrique, le regain de l’interventionnisme occidental dans les conflits régionaux ou nationaux ; la recrudescence du militarisme américain et la transformation progressive de régions entières du Continent en champs potentiels d’intervention ou en bases militaires pour les forces américaines - , la nouvelle course pour le contrôle des ressources du sol et du sous-sol africain. Les risques d’une « afghanistanisation » de pans entiers du Continent sont réels et ne se limitent point, loin s’en faut,  au Sahara."

A quand l'âge d'or africain ?

"Le temps de l’Afrique viendra. Ce ne sera peut-être pas de notre vivant. Mais il viendra. Le rôle de l’écriture et de la création imaginaire, artistique et culturelle est d’en préparer l’avènement. Pour le reste, il n’y aura ni miracle, ni Messie. Les Africains n’ont qu’un seul choix, celui de la responsabilité propre. Ils paieront le prix de leur affranchissement ou alors ils demeureront des objets de pitié du monde et les sujets de son mépris, puisque les deux, toujours,  vont ensemble.

Pour l’heure,  les forces sociales désireuses de provoquer une transformation des rapports de pouvoir sont faibles, mal organisées, fragmentées, ou encore manquent simplement à l’appel. Pour toutes sortes de raisons, elles ne parviennent pas à faire masse, à faire chair dans des pratiques réelles, coordonnées et décisives. 

Cette incapacité à faire corps et chair n’est pas de l’ordre de la fatalité. Mais elle est structurelle. Pour faire corps et chair et renverser les satrapies existantes, il faudra inventer un autre type d’intelligence sociale et d’imagination culturelle."

L'intégralité de l'interview ici.

 

 

14/01/2013

J'ai retrouvé mon premier édito, écrit en 1999, qui était une lettre ouverte à Kwame Nkrumah...

J’ai retrouvé mon premier texte à caractère éditorial, publié dans L’Autre Afrique du 1er au 9 septembre 1999. Il y a plus de treize ans donc. J’avais 22 ans, j’étais jeune journaliste et Jean-Baptiste Placca, mon patron, estimait que ma génération devait s’exprimer sur le rêve panafricain que Muammar Kadhafi était en train de ressusciter en inspirant la mise sur pied de l’Union africaine, qui  a succédé à l’Organisation de l’unité africaine. Même si le ton un peu "jeune con" du papier m'agace un peu rétrospectivement (lol), relire ce texte me réconforte parce que j’ai l’impression diffuse que je suis plus ou moins resté fidèle à mes convictions de «l’âge tendre», en dépit des «coups de la vie». Je pense même que je me suis «endurci»… Mais je suis par ailleurs profondément déprimé de me rendre compte que la création de l’UA n’a pas réussi à conjurer le «mauvais sort». Et que sur le front de l’intégration africaine, les choses n’en finissent pas de se dégrader… Le texte était une lettre ouverte à Kwame Nkrumah, l’auteur de «Africa Must Unite». Et le «jeune insolent» que je campais l’avait intitulé «Je ne vous appellerai pas Osagyefo»… Je le retranscris ici….

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21/11/2012

Calixthe Beyala raille la "République y a bon camembert" de l'UMP

 

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"Ainsi, les méandres électorales de l'UMP ne sont pas finies ! Un véritable roman feuilleton qui fait mourir de rire dans les chaumières, surtout venant des grands donneurs de leçons de la démocratie !

24 h à peine après avoir donné Jean-François COPE vainqueur des élections pour la présidence de l'UMP, que ce dernier n'a eu guère le temps de défaire ses bagages et occuper le siège censé le conduire à la présidence de la République en 2017, voilà que l'on découvre stupéfait des triches à gogo, des magouilles à tire larigot, des vas-y que je te dépouille sans sens, dans les Dom-Tom avec plus de mille cinq cent bulletins frauduleux... 

Et sans l'ombre d'une hésitation, François FILLON, s'est déclaré à nouveau vainqueur des élections ! Cent cinquante députés de l'UMP se sont rangés derrière Fillon, autant dire la majorité des députés UMP de l'assemblée. Et de faire appel à Juppé pour assurer la présidence car estimant que COPE, l'homme au chocolat n'a pas de légitimité !

Que c'est drôle, que c'est cocasse ! Les Africain-français conseillent à nos éminents démocrates de l'UMP de faire appel à Madame Zuma afin qu'elle expédie quelques casques noirs aux abords de la Seine ; qu'ils y bombardent quelques contestataires soutiens de Fillon. ils sont autorisés à tuer 3 000 ou 150 0000 au nom de la démocratie ; ils protégeront ainsi la vie des millions de braves citoyens français qui ne demandent qu'à vivre en paix dans un pays démocratique et prospère.

Que les Africains ne s'inquiètent pas : nous ne sommes pas un peuple ingrat. Nous les remercierons chaleureusement en leur permettant de piller les pommes de terre de nos paysans, les betteraves de nos braves agriculteurs ainsi que les inventions de nos chercheurs dans nos laboratoires. En outre, chaque fois qu'un Président Africain nous fera l'honneur de fouler notre sol, nous organiserons en son honneur des danses traditionnels notamment celtiques, il y aura des youyous pour dire à ce peuple Africain si gentil, oh, combien nous lui sommes reconnaissant de nous avoir aider à entrer dans l'histoire."

28/07/2012

Quand l'AFP reconnaît que les beaux révolutionnaires syriens sont des islamistes

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Il y a comme ça des pépites de vérité que l'on trouve, par hasard, dans le fumier de la guerre de l'information. Alors qu'en Occident tous ceux qui émettent des doutes sur le soutien sans équivoque à "l'Armée syrienne libre", aux démocrates armés syriens spécialistes des attentats terroristes, etc... sont considérés comme des infréquentables défenseurs d'une tyrannie, une dépêche de l'AFP vient nous en dire plus sur l'identité de ces beaux combattants de la liberté. Que nous apprend-elle ?

"Tout le quartier est cerné. Les combattants sont des opposants syriens et des étrangers qui affirment appartenir au "Liwa Tawhid al-Moujahidine", la Brigade de l'unification des Moujahidines (combattants islamistes). Il y a des Tchétchènes, des Algériens et même des Suédois et des Français de confession musulmane. 

Une vidéo diffusée par des militants sur internet montre des rebelles montés sur une fourgonnette rouge -- sur laquelle est écrit en blanc le nom de la "Brigade de l'unification des Moujahidines" -- qui tirent à la mitrailleuse en direction des hélicoptères de l'armée, des salves saluées par les cris d'autres rebelles postés dans les rues.

Dans une autre vidéo, un immeuble est en flammes tandis que retentissent des tirs nourris et des sourates du Coran récitées par le muezzin d'une mosquée."

Fort intéressant tout cela.

Les "Français de confession musulmane" qui se trouvent là-bas, jumeux idéologiques de l'ennemi public numéro un d'il y a quelques mois, Mohammed Merah, sont-ils en contact avec les forces spéciales françaises qui soutiennent la rébellion syrienne ? Dans la mesure où ils nourrissent le même grand dessein que leur pays et ont strictement les mêmes alliés, seront-ils en cas de victoire décorés voire intégrés dans les Forces spéciales ? Vont-ils a contrario être jetés en prison ou mis sur la liste noire des "terroristes" à surveiller de très près ?

Alors que le chef de la diplomatie française Laurent Fabius appelle au déploiement de forces africaines "capables" et "organisées" pour chasser du Nord-Mali les "islamistes armés" qui y sont installés, on aimerait lui poser une question : quelle est la différence entre les "islamistes armés" qui sont au Mali et les "révolutionnaires" salafistes qui sont en Syrie ? Ils sont de la même obédience idéologique et jouissent des largesses des mêmes financiers, notamment l'émir du Qatar, qui leur envoie sans doute des Western Union entre deux Conseils d'administration du PSG.

Au fait, de qui se moque-t-on ?

22/06/2012

L'homosexualité rend-elle les Camerounais fous ?

J'ai suivi avec effarement ce débat ultra violent entre Me Alice Nkom (surnommée "l'avocate des homosexuels") et Sismondi Bidjocka, responsable d'une association de jeunesse au Cameroun. Dérapages infinis entre l'un qui menace de "décapiter" l'autre et Madame qui promet à Monsieur que son fils de cinq ans sera homosexuel. 

L'homosexualité rend-elle les Camerounais fous ? Et pourquoi tant de passion dans un pays qui n'est ni particulièrement puritain (il suffit de regarder les clips musicaux à la télévision et de noter le côté paillard de nombre d'entre eux), ni particulièrement "moral" ? Quelque chose se joue dans ce débat, et j'ai du mal à voir quoi exactement... Défense d'une "identité africaine" contre une "mondialisation corruptrice" ? Jeux de réseaux au sein du pays et à l'international ?

Pour ma part, je suis hostile au harcèlement des homosexuels, très clairement, sans pour autant être favorable à un activisme à l'occidentale qui attise plus les passions qu'il ne sert la cause de la tolérance. J'exècre bien entendu les menaces débiles du Premier ministre britannique David Cameron hurlant qu'il coupera l'aide aux pays africains ne garantissant pas les droits des homosexuels. Pourquoi ne menace-t-il pas les nouveaux amis arabes de l'Occident qui ne respectent même pas les droits des femmes (Qatar, Arabie Saoudite) ? De tels coups de menton participent à l'hystérie généralisée.

En tant que chrétien, je sais bien que la Bible présente l'homosexualité comme un péché grave. Et parce que je crois que la Bible est vraie, je ne remets pas en cause cette Parole-là. L'homosexualité est un péché. Comme l'adultère, le vol (détournement de fonds) et le parjure. Un péché est un péché. Mais je me dis : qu'aurait fait Jésus à ma place ?

Et je ne pense pas qu'il aurait déversé tant d'outrances à la face des homosexuels. Ce n'était pas sa "technique". Il avait en lui - et il y a toujours - une puissance allant plus loin que des condamnations légalistes. Je renvoie les extrémistes à l'évangile de Jean.

1  Jésus se rendit à la montagne des oliviers.

2  Mais, dès le matin, il alla de nouveau dans le temple, et tout le peuple vint à lui. S'étant assis, il les enseignait.

3  Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère; (8:4) et, la plaçant au milieu du peuple,

4  ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère.

5  Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu?

6  Ils disaient cela pour l'éprouver, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus, s'étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre.

7  Comme ils continuaient à l'interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.

8  Et s'étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre.

9  Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu'aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu.

10  Alors s'étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t'accusaient? Personne ne t'a-t-il condamnée?

11  Elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus.

Tant que la Lumière ne se distingue pas des ténèbres par la pureté de son éclat, elle est sans force. Non à l'ordre moral. Oui au témoignage chrétien.

16/04/2012

De la Libye au Mali, géopolitique de la déstabilisation, par Michel Galy*

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L'actuelle implosion du Mali était elle en partie prévisible? Si de l'avis de nombre d' observateurs,le coup d'Etat des putschistes contre ATT ne l'était pas, la descente vers le Sud des guerriers touaregs a été anticipée, peut être encouragée, par des géopoliticiens en chambre qui , en continuant , risquent de mettre le feu aux poudres de toute l'Afrique de l'Ouest.

La situation peut s' apprécier non seulement par rapport à la spécificité touareg et à leur longue histoire de révoltes pour créer un foyer national, mais aussi comme conséquence perverse de l'aventure libyenne; cependant la configuration entre régimes autoritaires et oppositions en l'Afrique de l'Ouest , en interdépendance croissante, vient de changer très vite, et ne se réduit pas à l' opposition apparente entre « démocraties », vs régimes putschistes: Burkina et Niger,Algérie et Mauritanie, pour des motifs différents, sont concernés par une éventuelle extension du conflit , tandis que la Cote d' Ivoire et les autres pays sahéliens appréhendent les retombées de l' implosion malienne.

Dans cette géopolitique ouest africaine, on constate clairement un nouveau vecteur Nord / Sud dans l'extension des conflits, qui résume d'ailleurs les deux obsessions de l'administration américaine:l'extension d'Aqmi( et des autres mouvements islamistes comme Ansar El Dine)vers le Sud et le pétrole du Golfe de Guinée, à travers l’expansion d'un islam de moins en moins confrérique et consensuel ; migration religieuse historiquement liée aux migrations dyoula , dont l'arrivée au pouvoir d'Alassanne Ouattara il y a un an à Abidjan marque un point d'orgue.

Car si cette accession à la présidence, grâce à l'intervention franco-onusienne d’avril 2001, après des élections contestées, n'est en rien religieuse, une dimension interne Nord/Sud, ethnopolitique, apparaît clairement:les guerriers nordistes(du Nord ivoiriens ou de l'aire d' influence mandingue, comme ceux venus du Burkina)rebaptisés FRCI commettent jour après jour des exactions sur les populations sudistes- au point que des organisations des droits de l’Homme plutôt pro -ouattara comme Human Right Watch commencent à s'impatienter.

Si l'on ajoute, par le biais d'un « rattrapage ethnique » discriminatoire, une construction d'un « Etat dyoula », le fait que le camp RDR pro Ouattara- et son armée soient très majoritairement musulmans, les pro Gbagbo dans l'ensemble chrétiens ou partisans de religions ivoiriennes spécifiques(prophétismes, mouvements religieux locaux, etc..) provoque un sourd malaise: le conflit qui n'est en rien calqué sur des divisions idéologiques « à l'occidentale »(nul ne vote pour M. Ouattara en tant que champion du néolibéralisme...), mais comporte un clivage ethno régional que les analystes occidentaux feignent d' ignorer, et qui risque de dégénérer.

Si nul ne parle de djihad , des insultes réciproques inquiètent:les sudistes seraient pour les dyoula:  « infidèles », « sauvages », des hommes du « bush », de la forêt; l'inverse est tout aussi méprisant. Plus concrets sont les liens de certains « com- zone » nordistes avec des trafics sahéliens, de drogue ou d'armes qui tissent des liens ambigus avec Aqmi ou d'autres mouvements islamistes, tandis que fleurissent les posters de Ben Laden parmi les combattants sahéliens et ivoiriens nordistes.

D'où la volonté du pouvoir ivoirien actuel , lié plus encore aux Etats Unis qu'à la France, de contenir ses propres troupes, et via la CEDEAO de mettre au pas les putschistes de Bamako aussi bien que les indépendantistes touaregs ou islamistes d'Aqmi qui risquent à terme de les déstabiliser en basculant leur pays dans des conflits à dimension confessionnelle plus forte- ce qui leur ferait perdre très vite l’appui des puissances occidentales.

Le Mali est effectivement à mi-chemin des deux interventions françaises de 2011, entre Côte d'ivoire et Libye. Au delà des problèmes éthiques, électoraux, ou militaires, il semble que l'on n'ait pas mesuré à Paris l’influence de la déstabilisation de ces deux pays sur les relations internationales africaines, même du point de vue des intérêts français.

L'absence d'Etat en Libye (la Jamahiriya, Etat des masses de Kadhafi correspondait aussi à la segmentarité , la violence continue des tribus libyennes sur la longue durée) aboutit en un risque d’affrontement généralisé dans ce pays, tandis que l'énorme arsenal sans contrôle, après le conflit, menace tout le Sahel, de l’Algérie à la Mauritanie, du Mali au Niger-probablement le prochain pays touché, ne serait parce que l'Azawad, cette esquisse d’État touareg, s'appuie sur le nord de ce pays, menaçant les riches gisements d’uranium géré par Areva au profit de la consommation française.

Tout se passe comme si des considérations médiatiques ou politiques d’intérêt immédiat: faire tomber le « Roi des rois »libyen-il y a peu reçu en grande pompe à Paris, ou un président critique quant aux charmes de la Françafrique-Laurent Gbagbo , avait fait mal analyser les conséquences des deux interventions. Notamment celle des milliers de missiles libyens disséminés dans la « zone grise » sahélienne au profit, entre autres, des mouvements islamistes; ou de l'armement des indépendantistes touaregs implicitement encouragés à revenir au Mali avec armes et bagages;le « lâchage » discret du président Toumani Touré et l'encouragement à négocier avec la rébellion touareg a aggravé la situation:le coup d'Etat à Bamako en est la conséquence.

On ne peut impunément encourager la rébellion ivoirienne depuis 2002, l’armer et l'encourager à prendre le pouvoir, mettre au point un modèle français d'interventionnisme -digne des USA en Irak, en créant des oppositions armées en Libye ou Syrie, et s'étonner que la rébellion touareg se sente autorisée à abattre l’armée et même l'Etat malien.

Le résultat de cette politique de Gribouille géopolitique n'est pas brillant: outre les milliers de nos compatriotes qui sont littéralement assignés à résidence dans les pays sahéliens pour cause d’insécurité, la progression des mouvements islamistes fortement armés fait craindre un no-mans-land sahélien: comme si 'on avait installé , à force de maladresses, un Afghanistan nomade aux portes de la France!Les intérêts français, pétrole,uranium notamment sont menacés dans une zone autrefois stable; le ressentiment augmente contre l’influence française chez les africains francophones, bien au delà du sahel.

Jouer le MNLA touareg contre Aqmi, encore une brillante idée de stratèges bien parisiens, capable d 'enflammer la zone sahélienne!Confier l' embargo contre des putschistes à des présidents qui ont accédé au pouvoir par des rébellions ou des coups de force serait savoureux si ce modèle n’était tragique: famine et conflits risquent de provoquer dans les semaines à venir une catastrophe humanitaire d'une ampleur jamais vue

Remettre en question la légitimité des Etats ouest africains-déjà fragile, malgré sa lente construction- par des interventions militaires et des ingérences à répétition, 50 ans après les Indépendances, parait un jeu très dangereux sur cette « ligne de fracture »Ouest/ Est séparant des populations négro africaines à la tête des nouveaux Etats, qui s’affrontent à travers des siècles avec les populations touaregs - cherchant aujourd’hui leur revanche à leurs humiliation et relégation. Il faudra désormais en gérer les conséquences.

Notamment le retour vers la Cote d'Ivoire de cette « guerre nomade », qui depuis 1989 a touché bien des pays ouest africains , et qui vient de trouver, un nouveau champ d'action – qui n'est pas exclusif d'un embrasement bien plus large.

*Politologue, professeur de géopolitique à l'Ileri (Institut des relations internationales, Paris)

Premier Congrès du Mouvement des Africain-Français : le discours intégral de Calixthe Beyala

Chers amis,

Merci d’être venus aussi nombreux, d’être venus quelquefois de si loin, d’Allemagne ou de Dakar, de l’Italie ou de Ouagadougou pour assister à ce premier Congrès extraordinaire du Mouvement des Africain-français.

Etre Africain-français, c’est clamer son attachement à la France, c’est  l’aimer et la chérir, mais aussi d’avoir une passion pour l’Afrique, pour sa culture et se soucier de son avenir. 

Etre Africain-Français c’est se reconnaître dans des valeurs de paix universelle, d’égalité universelle et de fraternité universelle

Etre Africain-français,  c’est réaffirmer son attachement aux valeurs de la République.

Etre Africain-français c’est être fiers d’être français, tout aussi fiers de puiser ses racines dans l’Afrique Ancestrale, cette Afrique berceau de l’humanité et de la civilisation, mais qui en ce troisième millénaire a décidé de sortir de son berceau.

Etre Africain-français, c’est se réclamer aussi bien des Lumières que de l’Africain Wilhem AMO, d’APULEE DE MADAURE que de Condorcet.

Etre Africain-français c’est être fiers d’avoir pour ancêtre le berbère Saint-Augustin d’Hippone un des pères fondateurs de l’église, que d’Olympe de Gouge, la révolutionnaire qui a combattu l’esclavage  et rédigé la déclaration universelle des droits de la femme et de la citoyenne.

Etre Africain-français c’est être cette double combinaison, d’Occident et d’Afrique dont l’un ne saurait se prévaloir sur l’autre.

Etre Africain-français, c’est accepter son métissage culturel, ethnique et géographique qui est un atout pour la France 

Etre Africain-français c’est contribuer à la civilisation française dans sa vocation universaliste.

Chers amis, Honorables invités, 

Etre Africain-français n’est pas une question de couleur de peau étant donné que l’Afrique est le continent de toutes les couleurs, de toutes les nuances … Etre Africain-français est avant tout une vision, une manière de concevoir l’humanité comme un tout indissociable au-delà des différences culturelles, ethniques ou religieuses,

Etre Africain-français est un art de vivre.

Etre Africain-français, c’est faire partie sans nul doute du dernier carré des Républicains porteurs des idéaux de Liberté, d’Egalité et de Fraternité

C’est pourquoi chers amis,

Les Africain-français ont le privilège aujourd’hui, dans ce lieu mythique en cette date du 14 avril de l’année 2012 d’annoncer l’abrogation du décret Royal du 5 avril et 9 août 1777 interdisant aux Noirs, mulâtres et autres hommes de couleur, l’entrée sur le territoire Français et les mariages interraciaux.

Etre Africain-Français, c’est proclamer l’abrogation de ce décret Royal, avec effet immédiat, d’autant qu’il est censé être toujours en vigueur. 

Etre Africain-français, c’est s’interroger  sur ce curieux oubli qui donne une légitimité aux partis de l’extrême droite française dont les programmes portent en eux la gangrène du racisme, les nécroses du rejet de l’Autre et dont les discours nauséabonds se résument à faire de l’immigration-intégration, un couple indissociable, responsable des tous les malheurs de la France, responsable de l’insécurité, du chômage et de la déliquescence de notre identité française.   

Qu’ils sont ridicules ces partis xénophobes qui se donnent tant de mal  pour exprimer de telles inepties, de telles stupidités !

Chers amis, Honorables invités, mes frères et sœurs, 

Nous, Africain-français tenons à dire à ces politiques xénophobes et racistes qu’ils sont indignes de représenter notre si belle République car elle est  fondée sur des principes humanistes.

Nous leur disons d’une seule et même voix  que, la générosité, l’altruisme, la bonté, l’hospitalité sont les socles de la République française !

Nous leur disons avec virulence que la haine,  l’égoïsme et l’individualisme qu’ils prônent sont contraires à notre tradition judéo-chrétienne. 

Nous leurs disons que nous ne nous tairons plus face à leurs diatribes ignobles, à leurs libelles infâmes, à leurs palabres hideuses.

Nous affirmons d’une seule et même voix, à ceux qui préconisent la haine et le rejet,  nous crions à Marine Le Pen,  que pour nous Africain-français donner à boire à celui qui a soif est pour nous un besoin et non une obligation, que donner à manger à celui qui a faim est pour nous une nécessité, qu’offrir un coin de feu pour se réchauffer à celui qui a froid est pour nous une aspiration aussi forte que celle de vivre. Car générosité et hospitalité fondent notre identité africaine et chrétienne. Nous  soignerons le malade et l’indigent tel que l’exigent les préceptes que nous épousons. Nous nous battrons pour que notre cher pays la France et nos HLM demeurent des lieux d’accueil pour tous  les nécessiteux sans distinction de race, de couleur ou de religion !

Parce que donner nous enrichit, parce que donner nous donne sens, parce que donner nous distingue de l’animal car cet acte fait de nous des hommes

Nous affirmons cela avec d’autant plus de force que les valeurs d’égalité et de fraternité si chères à notre République, vont chaque jour en s’effilochant. 

Nous mettons en garde, les partis politiques Républicains tentés de reprendre à leur compte ce discours honteux pour des raisons électoralistes, ceux-là qui quelques mois encore nous proposaient un misérable débat sur l’identité nationale, un débat somme toute passionnant, mais étriqué et douteux dans sa formulation. 

Nous affirmons qu’une identité est comme une planète, en perpétuelle mouvement… ce qui fait toute sa beauté, toute sa richesse, toute sa magnificence n’en déplaise aux tenants d’une identité française figée qui serait exclusivement  d’extraction européenne et judéo-chrétienne.

Nous sommes convaincus que,  l’identité géographique des peuples  est plus importante que l’identité raciale. 

Nous sommes convaincus que les hommes appartiennent plus à leur époque et à leur espace géographique qu’à leur origine ethnique. 

Ce constat établi, nous appelons - d’une seule et même voix tous les partis -politiques à travailler ardemment au renforcement de la cohésion sociale, mise à mal depuis cinq ans par moult discours et propositions clivant 

Honorables invités, chers amis,

Plaider la cause d’un peuple devant une nation à laquelle il est censé appartenir voilà qui n’est pas aisé ; ceci est d’autant plus difficile que ce peuple a depuis des siècles accepté par la force ou par facilité les épithètes les plus saugrenues qu’on lui accole ; Il arrive quelquefois qu’il utilise lui-même  certaines épithètes qui le disqualifient en tant qu’être social, en tant que entité culturelle ayant une pensée, une capacité d’analyse et finalement en tant que personne physique ayant des droits et des devoirs.

La dernière trouvaille en date pour désigner les Africain-français est le mot « diversité. » Et nul n’argue que s’il existe bel et bien une diversité dans la faune et la flore, il n’existe qu’une seule race humaine, celle des hommes.

Pourtant, personne ne s’étonne d’entendre d’éminents politiques ou intellectuels hautement instruits, de grands journalistes et d’importants économistes qualifier les africain-français de « diversité » Et sans esprit de polémique, nous invitons le lecteur à se référer au Petit Larousse qui propose d’autres mots de la même famille, dont il ne serait point vain d’en faire un rapprochement avec « diversité » à savoir, divergent, divers, diversifier …. Jusqu’à divertissement !

L’utilisation du mot « diversité » à l’égard de l’Africain-français est-elle une manière de le considérer comme une quantité négligeable au sein de la Nation ? Est-ce une tournure linguistique pour lui signifier qu’en tant que « diversité » il n’est pas une nécessité absolue ? Est-ce un contournement pour lui notifier qu’il n’est pas essentiel au fonctionnement d’une économie, d’une administration et encore moins de la politique exclusivement réservée à une certaine élite ? Le « divers » n’est pas le centre de préoccupation d’une société ; il est son accessoire, sa périphérie… Et l’on peut s’en passer sans que n’intervienne un bouleversement dans l’établi.

Chers amis, honorables, nous ne sommes pas une diversité, nous sommes des Africain-français.

Des Français se définissant comme des Africain-français représentent près de 20 % de la population nationale.

Pourtant, aucun Africain-français ne dirige une entreprise du CAC 40, aucun  Africain-français n’occupe un haut poste de responsabilité dans les instances politiques.  Le taux de chômage dans cette frange particulière des Français y est de 40 % alors que sur le plan national il oscille autour de 10 %. Comment s’en étonner si nous sommes considérés comme une diversité ?

Cette absence des Africain-français dans les sphères politiques, économiques et culturelles est liée à l’incapacité des dirigeants de cette cinquième République à veiller à l’application de notre constitution qui stipule que l’on ne saurait discriminer un citoyen en fonction de sa couleur, de ses origines, de sa croyance religieuse ou de son sexe…

Et le Mouvement des Africain-français s’est créé  pour obliger la République à revenir à ses fondamentaux, à respecter ses principes, tous ses principes sans exception. 

En ce sens, le Mouvement des Africain-français usera de tous les moyens légaux dont il dispose pour obtenir gain de cause.

Honorables invités, Chers amis,

Nous sommes aujourd’hui réunis pour dire notre malaise face à de telles injustices, pour exiger notre part du gâteau Républicain. Nous exigeons que sortent de nos rangs des députés, des ministres, d’imminents industriels et d’hommes et femmes de culture et nous disons d’une seule et même voix : assez de l’exclusion ! Assez des discriminations ! Assez de ces formes d’occultations subtiles mais réelles d’une grande frange de la population française. 

Africain-français : D’une seule et même voix nous disons

Que Nous sommes des métis et non des métèques.

D’une seule et même voix nous exigeons que des mesures d’urgence soient prises afin que le mot égalité devienne une réalité pour chaque homme, chaque femme ! Nous exigeons une égalité de fond et non seulement de forme comme c’est encore le cas jusqu’à ce jour.

Parce que nous en avons assez de voir nos CV rejetés à cause de la consonance ou de la couleur de notre peau; parce que nous en avons assez de n’avoir point accès à un logement  décent du fait de nos origines…. 

Chers amis, Honorables invités, ces discriminations dont nous sommes victimes ne s’expriment pas seulement sur le territoire national, mais également à l’extérieur. C’est ainsi que nous constatons avec tristesse, que le sort d’un Africain-français emprisonné dans les geôles des pays étrangers n’intéresse personne, fût-il innocent. Michel Gbagbo, un Africain-français innocent emprisonné depuis plus d’un an en Côte d’Ivoire en est la parfaite illustration alors qu’au même moment, l’Etat déploie des moyens colossaux pour libérer nos compatriotes emprisonnés en Amérique Latine.

Nous disons, ça suffit ! Assez ! Assez !

Africain-français !!!!!!

D’une seule et même voix, nous appelons au respect les tenants du discours universaliste qui n’ont cesse de dénoncer toute manifestation de nos revendications, toute tentative de regroupement des populations africain-françaises en nous accusant de communautaristes.

D’une seule et même voix nous les enjoignons de nous accepter dans notre totalité.

D’une seule et même voix, nous leurs signifions que nous connaissons leur manœuvre qui ont pour but de nous acculer au silence, alors que dans le même temps nous avons observé de leur part une acceptation sans aucune forme de procès, de l’expression des cultures d’extractions européennes alors même qu’elles se définissent comme une communauté. 

Leurs tentatives d’occultation de notre présence explique sans doute pourquoi, la population africain-française n’a pas donné lieu à des études scientifiques approfondies susceptibles d’en cerner les contours démographiques, les aspirations, les attentes, les pensées, les parcours socioprofessionnels, le niveau de vie, le taux de chômage, les maladies spécifiques dont elle souffre etc.… Pourtant on se rend compte que dans le même temps, ces experts sont à même de produire des statistiques des jeunes Africain-français emprisonnés dans les geôles de la République ou leur taux d’échec scolaire.

Chers amis, honorables invités, nous dénonçons ces travers, cette manière différentielle de nous traiter non dans un esprit de polémique, mais de rapprochement.

Nous sommes intimement convaincus que les mots, la connaissance, l’éthique et la pensée peuvent conquérir le chaos, venir à bout de l’ignorance et transformer le mépris d’hier en admiration d’aujourd’hui.

Chers amis, Honorables invités, avez-vous comme nous constatez oh, combien est absente la politique étrangère de la France dans les débats de ces présidentielles ? 

 Existe-t-il réellement une politique Africaine de la France ? 

A cette question, la réponse est non. Il n’existe aucune lisibilité, aucune ligne directrice de la politique de la France en Afrique. Celle-ci varie en fonction des intérêts de petits groupes et autres obscures officines.

Politiques et médias nous ont justifié  les interventions armées de l’année 2011 sur le continent noir par le souci de nos dirigeants occidentaux d’instaurer la démocratie dans les pays africains. 

Nous rétorquons que la démocratie n’est pas un produit exportable. Il appartient à chaque peuple de construire la sienne en fonction de son histoire et de son évolution.

Nous disons que notre si belle République a tant d’atouts, qu’elle n’a pas besoin de mener des croisades çà et là pour s’imposer dans un univers mondialisé. Nous ne saurons soutenir ces guerres de conquête et de recolonisation d’un nouveau genre.

Nous exigeons le retrait rapide de nos soldats de plusieurs pays, parmi lesquels l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire, la RCA, le Tchad et le Gabon.

Au Mouvement des Africain-français, nous aimons la paix, la fraternité, la solidarité et la justice. Nous disons qu’avec les pays émergeants, la France se doit d’entretenir des relations de partenariat et de respect mutuel.

Chers amis, Honorables invités, les pays d’Afrique, notre continent d’origine n’est pas seulement victime des guerres meurtrières menées contre ses populations pour la captation de ses matières premières. Il est également de nouvelles formes des pressions juridiques spécifiquement conçues.

C’est ainsi que la dernière trouvaille des dirigeants du Nord pour mieux soumettre les gouvernements du Sud à travers des ONG complices est la notion de « Biens Mal acquis ».

Nous constatons :

A – Que les pays concernés par la question des « biens mal acquis » sont les pays pétroliers du Golfe de Guinée, de la Guinée Equatoriale au Cameroun, du Gabon en passant par le Congo.  Quid des Emirats ? Quid du Qatar ? Quid de la Russie ? Pourquoi les dirigeants de ces pays ne sont pas eux aussi mis au banc des accusés alors qu’ils achètent palaces et yachts de luxe en France ? S’agirait-il de faire chanter les dirigeants Africains pour les rendre encore plus dociles ? S’agirait-il de fragiliser ces Etats pour ensuite justifier des interventions militaires comme en Côte d’Ivoire ou en Libye ? 

Où sont donc passés les milliards soit disant volés par Mobutu ? Qu’en est-il de la fortune Libyenne ? Quant à ceux de la Côte d’Ivoire, nous savons aujourd’hui que Laurent Gbagbo est indigent et que la Cour Pénale Internationale est obligée de payer ses avocats.

Chers amis, Honorables invités, 

Nous venons de  nommer la Cour Pénale Internationale.

Il est curieux de constater que la plupart des puissances occidentales qui ne reconnaissent pas la compétence de cette cour pour juger leurs propres ressortissants, sont les mêmes qui exigent à cors et à cris que les Africains y soient envoyés pour y être jugés et ceci pour des crimes commis en Afrique contre les Africains. Il est temps de dénoncer cette fumisterie au nom des droits universels de l’homme.

L’existence de la Cour Pénale Internationale est pour chaque Africain descendant une humiliation. Elle nous rappelle les périodes sombres de l’esclavage lorsqu’on expédiait les résistants Noirs mourir loin de la chaleur de leur terre natale, loin de leur soleil. Il en avait été ainsi de Toussaint Louverture, de Jean-Jacques Dessalines,  de Boukman Duty,  de Makandal pour ne citer que ceux-là, paix à leur âme !

Nous ne préjugeons pas de l’innocence ou de la culpabilité de ceux qui sont enfermés dans cette prison pour nègre. Nous demandons pour eux un traitement humain, à savoir celui d’être jugés dans leur pays, sur la terre de leurs ancêtres et par les leurs. 

Ceci explique pourquoi, le Mouvement des Africain-français demande la fermeture de la cours pénale Internationale, cette prison qui porte en elle les germes de l’esclavage et de la colonisation, cette prison qui ressemble étrangement en un purgatoire pour Africain récalcitrant, ce goulag pour peuple dominé.

Nous, au Mouvement des Africain-français déclarons, que dorénavant nous serons l’interface entre la France et l’Afrique parce que nous sommes les héritiers naturels de l’Afrique en Occident, parce que nous sommes les mieux fondés à défendre les intérêts des peuples d’Afrique.

 

Chers amis, Honorables Invités,

Nous ne saurons conclure ce congrès sans vous parler des objectifs à court long et moyen terme de notre Mouvement.

 Le Mouvement des Africain-français, n’est pas  un mouvement de contestation, mais de construction et de responsabilisation. 

Oui, les Africain-français ont décidé en se réunissant, en formant un tout indissociable, de prendre leur responsabilité devant les hommes et devant la République.

Oui, nous voulons exister au sein de la République par nous-mêmes et non sous forme d’assistanat. Nous n’accepterons jamais une subvention sous une forme ou sous une autre. Nous tenons à rester autonomes, à financer nous-mêmes nos différentes activités et nos différents projets.  

Etre au MAF, c’est être une femme ambitieuse,  c’est être un homme extrêmement courageux.

Au Mouvement des Africain-français, nous suscitons les ambitions et nous les accompagnons. Nous voulons des postes et nous allons les conquérir afin d’apporter notre contribution à la construction Républicaine.

En matière économique, grâce au nombre de nos adhérents qui nous l’espérons atteindront 1 000 000 de personnes en une année, voire au plus tard  dans deux ans, nous générerons de l’argent. Nous serons alors en mesure de prêter des fonds à nos entrepreneurs afin qu’ils puissent créer des entreprises et des emplois, améliorant ainsi la condition sociale des Français.

Et nous y arriverons. 

Sur le plan culturel, le MAF a pour projet la création des MAISONS DES CULTURES AFRICAIN-FRANCAISES. Et ce, grâce aux cotisations, à la bonne de volonté de chaque adhérent et aux divers dons. Nous ne tendrons plus jamais la main, car la main qui donne est au dessus de celle qui reçoit. 

Dans les 10 prochaines années, nous envisageons d’acheter un bien immeuble à Paris, Lille, Marseille, Lyon et Bordeaux.

Ces lieux seront des endroits d’éducation de nos jeunes, de lecture, d’apprentissage des langues africaines, de prise en charge de ceux qui ont été déscolarisés, un lieu de formation à une véritable citoyenneté. 

Oui, nous y réussirons, nous le ferons, ensemble, main dans la main, comme un seul homme !

En matière politique… fort de l’engouement que suscite notre Mouvement, fort de l’approbation et du crédit que lui porte chaque Africain-français dans l’hexagone, à travers l’Afrique, l’Europe et même l’Amérique, le Mouvement des Africain-français sera dans un futur très proche, le premier Mouvement politique de France. Il compte peser lourdement sur les prochaines échéances électorales en France.

Pour les élections régionales, municipales ou législatives, nous voterons au coup par coup, selon l’esprit des candidats à partir des accords préétablis avec les différents candidats au-delà des partis.

Il n’est pas question pour le MAF de nous contenter du saupoudrage habituel où l’on nous jette çà et là, sur des listes électorales quelques Noirs, quelques arabes sans que l’on sache d’où ils viennent, où ils vont, ce, juste pour capter nos voix. Aussi, les seuls qui feront parti des listes et pour lesquels nous voterons seront d’abord et avant tout des membres du MAF. Les Africain-français sont d’abord du MAF avant d’être au PS, à l’UMP ou au Parti communiste. Le MAF vote pour le MAF.

Le MAF est d’abord le MAF car il contient en son sein tous les ingrédients pour bâtir une vie meilleure, une société de paix et de respect telle que l’ont imaginé les grands humanistes, les grands hommes de paix et les grands universalistes. 

Au cas où nous n’aurions pas d’accord avec les partis classiques, fort de notre mobilisation en France, nous présenterons nos propres candidats aux diverses élections.

Parce que nous en avons assez de souffrir.

Parce que nous en avons assez d’être méprisés.

Parce que nous en avons assez d’être exclus. Nous nous inclurons dans la République avec l’amour qui nous caractérise, avec le sens d’équité et de justice que nous ont légué nos ancêtres Africains et Français.

Dimanche 22 avril,  les Africain-français voteront d’une seule et même voix lors des Présidentielles pour le candidat de gauche ou de droite, qui répondra de manière claire aux doléances des Africain-français et prendra des engagements ferme avec le MAF

Et en ce sens, notre candidat est François Hollande.

Nous tenons à remercier tous les africain-français pour leur forte mobilisation, pour leur sens aigu des responsabilités dans l’organisation de cette rencontre exceptionnelle. Chacun de nous, chacun de vous à donner le meilleur de lui-même pour que plus jamais, il ne soit dit que nous n’existons pas, que nous ne savons pas faire foule

Merci à tous et que la Mobilisation Continue ! Vive les Africain-français. Vive la France !

 

Calixthe Beyala

20/02/2012

En podcast, l'émission radio où je m'explique sur ma décision de voter pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle française

 

 

31/10/2011

Rony Brauman et ses vérités bien senties sur la Libye

Le site d'information français Mediapart a interviewé récemment Rony Brauman, l'ancien président de Médecins sans frontières (MSF) qui a assené quelques vérités frappées au coin du bon sens sur la virée libyenne des Occidentaux en Libye. Pour vous, quelques extraits.

Rony-Brauman.jpg"Les défaites politiques qui ont suivi des victoires militaires sont incalculables. Les guerres, on sait très bien quand cela commence, mais très mal quand cela finit. Je me garderais donc bien de parler du moment actuel en Libye comme d’un dénouement, encore moins d'un dénouement démocratique, car cette histoire est loin d'être terminée."

"Sur les circonstances du déclenchement de la guerre en Libye, je conserve le même scepticisme. Je dirais même qu’il se renforce. Je constate que le massacre allégué – on parlait de 6.000 à 15.000 personnes tuées par les hommes de Kadhafi –, au moment où la décision de l’ONU a été prise, n'a jamais été commis. Il s'agissait de propagande, comme il y en a d’ailleurs dans toutes les guerres. Les enquêtes approfondies d’Amnesty et de Human Rights Watch, effectuées depuis, ont mis en évidence, avant mars, cent à trois cents morts, en majorité des victimes de combat. On n’est donc pas dans le cas de figure du carnage en cours qui nous avait été annoncé pour justifier d’ouvrir le feu.

Les tenants de cette guerre s’en tirent avec une pirouette en disant qu’un autre massacre serait, de toute façon, arrivé, puisque Kadhafi avait promis de transformer les rues en rivière de sang. Nous n’avons pas pourtant, aujourd’hui, d’éléments probants attestant que des forces en nombre se dirigeaient vers Benghazi pour en tuer tous les habitants. S’en tenir à une lecture littérale de la parole d’un dictateur comme Kadhafi me semble bien léger pour déclencher une guerre, qui plus est une guerre préventive.

Le passé des guerres préventives, de la guerre des Six Jours à la guerre d’Irak, doit nous rappeler que les menaces qu’elles sont censées conjurer sont, très largement, fabriquées. A Benghazi, j’ai l’impression que c’était également le cas, mais je ne peux pas le démontrer. Quoi qu’il en soit, je trouve dangereuse cette réhabilitation, en Libye, des concepts de guerre préventive et de guerre juste, qui re-légitiment la guerre comme mode de règlement des conflits.

La disqualification de l’idée de guerre juste, et de l’idée que la guerre peut résoudre des situations de conflit, a été un progrès politique. On peut, on doit, me semble-t-il, faire confiance aux peuples pour aller vers la démocratie sans en passer par la guerre. L’actualité des vingt dernières années montre que le rejet des formes d’accaparement autocratique du pouvoir est bien à l'œuvre dans le monde. Le scénario libyen, qui réhabilite jusqu’au bout la violence comme mode légitime de saisie du pouvoir, procède au contraire d'une sorte de néo-maoïsme selon lequel la démocratie est au bout des missiles du «monde libre»."

"Je ne reproche donc pas à Nicolas Sarkozy de nous avoir menti sur l’objectif. Je lui reproche de nous avoir entraînés dans une guerre civile, en nous plaçant devant une alternative verrouillée : soit vous êtes contre la guerre, et donc pour le tyran et les massacres, soit vous êtes pour la guerre, et donc pour les civils et la démocratie.

Je constate que cette rhétorique d'intimidation a fonctionné au-delà de toute raison. Voyez par exemple les chiffres annoncés à différentes reprises par le Conseil national de transition, selon lequel ce conflit aurait fait 50.000 victimes. Soit le CNT ment, ce qui me semble d'ailleurs probable, et on est en droit de lui demander des précisions sur ce qui n'est pas un détail de cette histoire. Soit il dit la vérité, et cela constitue un véritable réquisitoire contre l’OTAN dont la mission était de protéger les civils libyens.

Je ne sais pas s’il s’agit de propagande ou d’un échec, mais quoi qu’il en soit, j’aimerais en savoir plus. La presse, tout à son euphorie de la victoire et à sa mise en scène d’une Libye libérée, ne semble guère s’intéresser à cette information. Si ces chiffres étaient exacts, la guerre en Libye aurait pourtant d'ores et déjà provoqué dix fois plus de victimes que la répression syrienne..."

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