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13/08/2014

Prétendue augmentation du niveau de vie des Ivoiriens - Le rapport du PNUD qui contredit Ouattara

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"En trois ans, nous avons eu une croissance d'à peu près 25% (...) c'est-à-dire que chaque Ivoirien a eu une augmentation de son niveau de vie d'à peu près 6%", a péroré Alassane Ouattara, lors de la traditionnelle interview donnée à la RTI à la veille de la fête nationale. Avant de se raviser, sans doute de peur d'irriter ses "adorateurs", dont les conditions de vie sont aussi difficiles que celles des autres Ivoiriens. "Bien sûr, cela c'est du papier, et il faut le voir maintenant dans le quotidien des Ivoiriens", a-t-il tout de même admis.
D'où a-t-il donc sorti ses chiffres qu'il s'est empressé de relativiser ? En effet, il s'exprimait quelques jours après la publication par le Programme des Nations unies pour le , développement du Rapport sur le développement humain 2014. Un rapport très attendu parce qu'il ne se borne pas à calculer la richesse produite dans un pays comme le fameux Produit intérieur brut (PIB), mais qu'il s'emploie à évaluer les impacts de l'activité économique sur la réalité du quotidien des populations. L'indice de développement humain (IDH), rendu public dans le cadre du Rapport sur le développement humain, est ainsi un indice statistique composite qui prend en compte la santé et la longévité, mais aussi le niveau d'éducation et le niveau de vie, en particulier le pouvoir d'achat du plus grand nombre.
Alassane Ouattara n'en finit pas de brandir la croissance du PIB en Côte d'Ivoire comme le signe absolu que tout va bien. Pourtant, à l'aune du développement humain, c'est-à-dire celui qui concerne la réalité des Ivoiriens ordinaires, aucun progrès n'est enregistré. En effet, le pays demeure à la 171ème place sur 187, ce qui est un classement tout à fait médiocre et qui devrait relativiser les rodomontades sur une prétendue "émergence" en 2020, et les comparaisons insensées avec l'Allemagne, par exemple. Au titre du "développement humain", la Côte d'Ivoire est derrière le Kenya, le Rwanda, le Cameroun, le Nigeria, Madagascar, la Mauritanie, le Sénégal, le Soudan, le Bénin, le Togo et Haïti !
Plus préoccupant : la progression de l'Indice de développement humain (IDH) a paradoxalement ralenti depuis le début des années Ouattara et des taux de croissance mirifiques chantés à longueur de journée. En effet, entre 2011 et 2013, l'IDH de la Côte d'Ivoire passe de 0,443 à 0,452, soit une croissance de 2,03%. Entre 2008 et 2010, en pleine crise politico-armée et partition territoriale, il passait de 0,427 à 0,439, soit une croissance de 2,8%. Forcément, de nombreuses questions se posent. Dans quelles poches va donc la richesse qui est, nous dit-on, produite aujourd'hui plus que jamais dans le pays ? A quoi sert l'endettement record du pays s'il n'améliore pas la santé, l'éducation et le niveau de vie des populations ? La thèse défendue par le parti d'opposition LIDER, dirigée par l'ancien président de l'Assemblée nationale et professeur agrégé d'économie Mamadou Koulibaly, selon laquelle sous Ouattara il existe une "croissance appauvrissante" trouve-t-elle là des éléments d'objectivation ?

Théophile Kouamouo

12/08/2014

Commission électorale en Côte d'Ivoire : les mêmes scénarios recommencent

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Vendredi dernier, la Commission électorale "indépendante" (CEI), dans un empressement qui ne peut pas être innocent, a annoncé dans un communiqué que l'opposition significative, c'est-à-dire l'Alliance, coalition dont fait partie le Front populaire ivoirien (FPI), avait nommé ses deux représentants en son sein : l'ancien ministre de la Défense Alain Dogou et Bertin Ganin (RPP).

Cette annonce intervient elle-même après une rencontre, mardi dernier, entre une délégation de haut niveau de l'Alliance, menée par Pascal Affi N'Guessan, président du FPI himself, et le ministre de l'Intérieur d'Alassane Ouattara, Hamed Bakayoko. Au cours de cete rencontre, les parties en présence ont semblé s'entendre sur un mot magique : "consensuel". La composition du bureau de la CEI sera "consensuelle", nous dit-on.

Le boycott ne suffit plus...

Tirons les choses au clair. Au Nouveau Courrier, nous considérons que le "boycott passif" des prochaines échéances électorales serait un aveu d'impuissance de la part de l'actuelle opposition ivoirienne, au même titre qu'une participation à tout prix. Nous considérons que le FPI et les formations alliées gagneraient à se battre, pied à pied, à coups de négociations mais aussi de pressions "viriles", pour réunir les conditions d'une compétition politique acceptable.  Cette prise de position n'est pas liée à des affinités particulières, mais à une analyse froide de la situation, qui ne date pas d'aujourd'hui. Il nous semble important de produire ici des extraits de notre éditorial du 22 avril 2013, au lendemain d'élections locales caractérisées, comme les législatives, par ce que l'on a appelé un "désert électoral". Pascal Affi N'Guessan et de nombreux autres dignitaires du parti "bleu et rose" étaient encore en prison. Nous écrivions : "Là où tout le monde imaginait qu'il éclaterait sous l'effet de la "bombe" du 11 avril 2011, le FPI a réussi à compter ses sympathisants sans pour autant se soumettre à un jeu électoral tronqué et à montrer au monde entier, grâce à une utilisation profondément politique de l'arme du boycott, qu'il continue de garder une place centrale sur l'échiquier politique ivoirien. Cela dit, la logique qui lui a permis de maintenir son unité dans la tourmente est arrivée à expiration. Le FPI ne peut pas se contenter de continuer la Résistance. Il doit réinvestir le terrain politique". Nous poursuivions : "L'avenir de la démocratie en Côte d'Ivoire dépendra de la capacité du FPI, du CNRD, du PDCI, du PIT, de LIDER, de la société civile... à aller au-delà des calculs à court terme et à peser efficacement sur "l'architecture politique et électorale" qui présidera au round électoral qui commencera en 2015".

Nous ne sommes donc pas opposés, dans le fond, à la ligne politique mise en oeuvre par Pascal Affi N'Guessan. Nous le sommes d'autant moins que même si l'on considère que la "vraie présidentielle" aura lieu en 2020 (2015 étant truqué d'avance), il demeure important d'avoir un oeil sur ce qui se fait, notamment en matière de fichier électoral, et d'investir, dès 2016, l'Assemblée nationale, instance-clé de structuration des batailles électorales à venir. L'enjeu de la participation à la CEI ne se limite pas à la présidentielle...

Hamed Bakayoko n'a pris aucun engagement écrit

Cela dit, les derniers épisodes du feuilleton de la CEI nous rendent pour le moins circonspects. Résumons. Au départ, l'opposition a rejeté en bloc le format de la CEI, dans la mesure où elle continue à être outrageusement dominée par des politiques songeant chacun à sa chapelle, mais aussi parce qu'au sein de cette "galaxie politique", le camp Ouattara était outrageusement sur-représenté. Comme en 2010, année durant laquelle il a utilisé cette sur-représentation CEI pour détourner le processus électoral à son profit... Faisant un pas en direction du pouvoir, l'Alliance a estimé qu'elle pouvait intégrer la CEI si un "consensus" permettait de créer un équilibre au sein du Bureau de l'institution, dont elle veut la présidence et au moins une des vice-présidences.

C'est dans cette atmosphère que des négociations souterraines ont abouti à la désignation des deux représentants de l'opposition significative qui siègeront au sein de l'institution. Ils prêteront serment, et c'est après cette prestation de serment qu'une élection en interne interviendra, et que ce qui a été "promis" au FPI se concrétisera... ou pas. En effet, il n'y a ici guère d'accord écrit entre les parties. Hamed Bakayoko pourra dire que les autres membres de la CEI sont restés sourds à ses propositions. C'est d'ailleurs le scénario le plus probable. Et il rappelle de  nombreuses autres situations, durant la période 2002-2010. Ce qui était alors appelé "le camp présidentiel" ayant alors signé des accords visiblement "mauvais", parce qu'il s'était vu "tordre le bras" par des "amis" qui disaient lui vouloir du bien, tout en espérant (toujours en vain) que les "bons conseilleurs" viendraient l'aider à aménager ce que l'opposition d'alors, inflexible, considérait comme un acquis ne pouvant en aucun cas être remis en question. Observons donc les prochains développements, en espérant que les vieux scénarios ne se reproduiront pas.

Tant que l'Alliance n'avait pas désigné ses représentants, la nouvelle CEI n'aurait pas pu se mettre en place, ce qui aurait retardé la logique des élections "vite vite" et de préférence dans le brouillard complet qui est celle de Ouattara. On ne peut que se demander ce qui pressait. Pourquoi n'avoir pas fait monter les enchères un peu plus ?

On est toutefois bien obligé d'admettre que les divisions profondes qui existent aujourd'hui au FPI rendent impossible toute négociation en position de force, y compris de force relative, et toute stratégie qui alternerait nécessaires pressions y compris dans la rue et retours à la table de négociation. En désaccord profond sur la marche à suivre, se soupçonnant de tout et de rien, certains allant même jusqu'à répandre la poudre empoisonnée de la suspicion systématique, cadres et militants ne peuvent pas se tenir la main dès lors qu'il s'agit de mettre en oeuvre toute éventuelle action de grande envergure. Et c'est bien dommage !

Théophile Kouamouo [Editorial du Nouveau Courrier du 11 août 2014]

 

28/06/2014

Le Nouveau Courrier et moi ou la tentation d'en finir

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IL FAUT PEUT-ETRE SAVOIR S'ARRETER. En octobre 2002, soit il y a bientôt 12 ans, je faisais librement le choix de quitter Le Monde, dont j'étais le correspondant en Côte d'Ivoire, parce que je ne voulais pas le type de journalisme que j'étais condamné à faire si j'y demeurais alors que la France officielle y avait engagé une guerre civile par rebelles interposés. Depuis, j'ai essayé de creuser mon sillon hors des sentiers battus ; de faire avec les moyens de bord du journalisme de qualité témoignant de la réalité du conflit ivoirien. Je suis devenu entrepreneur de presse par nécessité dans ce contexte. Au Courrier d'Abidjan, à Le Nouveau Courrier, nous avons témoigné comme nous le pouvons. Humblement, nous avons contribué à ouvrir quelques paires d'yeux. Mais quelle est la valeur que les lecteurs accordent à notre travail ? Depuis que les journaux d'opposition ont été autorisés par le régime Ouattara après avoir été systématiquement pillés, j'ai insisté sur un "modèle économique" fondé sur les abonnements, parce que les ventes au numéro sont un socle trop fragile dans un contexte de persécution politique et de "concurrence interne" accrue. J'espérais 1000 abonnés [Mediapart à qui beaucoup d'entre nous attribuent des articles qu'il n'a pas écrit tant l'espérance est grande en a 80 000] pour mettre mon équipe à l'aise afin qu'elle produise du bon journalisme dans un premier temps ; puis 2000 qui financeraient une diversification audiovisuelle. Las. Nous en avons tout au plus 120-130. Les nouveaux abonnés "remplacent" ceux qui ne renouvellent pas leurs abonnements. J'ai tout essayé pour plaider notre cause auprès du public. En vain. Sans doute que je m'y prends mal, ou que notre contenu n'est pas assez attrayant. Pendant plus d'un mois, nous n'avons pas pu paraître. Et en dehors de la solidarité du "faible nombre" de nos abonnés, nous n'avons pas eu beaucoup de retours... Nous avons échoué à mobiliser une masse critique de lecteurs croyant assez à notre travail pour s'abonner. Il faut en prendre acte.

Aujourd'hui je suis fatigué. Ce n'est pas tant le fait de faire face aux persécutions politiques et à l'ostracisme à Abidjan et à Paris qui épuise. C'est d'avoir à se battre contre les sites-pirates qui pillent notre contenu et se fichent bien d'être dénoncés. Des sites-pirates sur lesquels notre cible lit notre production sans trop se soucier de ce que nous devenons. C'est d'avoir à subir la "violence" des acheteurs et abonnés qui diffusent largement notre production à leurs amis... ces derniers attendant d'être servis gratuitement. Je suis fatigué de la concurrence de journaux bleus malhonnêtes qui diffusent des mensonges éhontés, des prophéties et de vieilles infos recyclées, des fausses "bonnes nouvelles" qui illusionnent le lecteur, lequel se détourne des contenus plus réalistes.

"Pour qui écrit le journaliste africain ?" Angoissante question. 

Vivre dans la grande précarité et les privations, faire subir à nos familles le prix de nos engagements n'a du sens que si nous pouvons AU MOINS travailler. Mais à force de survivre, nous ne le pouvons plus.

Sans doute devrais-je me résoudre à écrire, douze ans après : "J'arrête".

18/06/2014

"Le Crocodile et le scorpion" de Jean-Christophe Notin : un livre de désinformation sur les relations entre la France et la Côte d'Ivoire

C'est un bouquin dangereux pour les générations futures, qui tente de réécrire l'Histoire récente et multiplie les absurdités grossières et les contre-vérités. Ce qui ne l'empêche pas de s'imposer en France comme un « livre de référence » dont on peuplera les bibliothèques et instituts spécialisés. Et pourtant !

 

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16/06/2014

Interviewé par RFI sur Gbagbo - Les mensonges éhontés de Jean-Marie Fardeau, de Human Rights Watch France

Dans un entretien accordé à la radio française de service public destinée à l'étranger, Jean-Marie Fardeau attribue à Gbagbo des propos qu'il n'a jamais tenus. Et multiplie les incohérences intéressées.

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Un jour, il faudra que des universitaires courageux se penchent méticuleusement sur le travail de l'ONG Human Rights Watch (HRW) sur la Côte d'Ivoire en particulier au cours de ces dix dernières années. En effet, nombre de responsables de cette officine qui dit défendre les droits humains, ont été pris à plusieurs reprises en flagrant délit de mensonge et de manipulation. Hier, Jean-Marie Fardeau, directeur France de cette organisation financée en grande partie par le spéculateur américain Georges Soros, que l'on dit proche d'Alassane Ouattara, s'est illustré, lors d'une interview accordée à RFI, par des mensonges renversants.

Le mythe du « dossier solide »

« Grâce » au refus de la CPI d'organiser à nouveau une audience publique après l'humiliation en « mondovision » de Fatou Bensouda lors de la première audience de confirmation des charges, et alors que le caractère extrêmement technique des documents échangés lors de ce « deuxième round » a de fait empêché l'opinion d'entrer dans le dossier, Fardeau peut affirmer sans sourciller que Bensouda a disposé de témoignages de « 108 personnes tout à fait nommées », alors que la quasi-totalité des témoins de l'Accusation se sont exprimés sous couvert d'anonymat. Il parle de « témoignages extrêmement précis » là où ils se contredisent justement à foison. La juge belge Christine Van den Wyngaert disait fort à propos dans son opinion dissidente, que « le problème précédemment identifié concernant le recours aux ouï-dire anonymes demeure ». De qui se moque donc Fardeau ? 

Et pourtant : même les noms des médecins qui ont constaté les décès des victimes supposées brandies par l'Accusation sont cachés à la Défense, qui a été empêchée de contre-enquêter. Si Jean-Marie Fardeau se précipite sur les ondes de la radio la plus écoutée en Afrique subsaharienne francophone pour donner du crédit au dossier Bensouda, c'est parce qu'il sait que ses faiblesses seront à juste titre pointées, et qu'il veut par avance lui sauver la mise. Alors qu'il devrait se soucier d'une application scrupuleuse du droit, il refuse obstinément d'entrer dans le fond des réserves de la juge belge Christine Van den Wyngaert, se contentant de supposer qu'il y a encore du travail à faire. C'est indigne ! Que penserait-on, dans le cadre des justices nationale de démocraties occidentales, d'une organisation de défense des droits de l'Homme à ce point soucieuse de défendre la réputation d'un procureur controversé, sans grand souci de la présomption d'innocence qui est due aux accusés ? Imposture !

Plus profondément, Jean-Marie Fardeau affirme que le dossier Bensouda est « extrêmement complet » pour dire tout de suite après que Human Rights Watch « n'a pas connaissance du dossier de la procureure ». Comment peut-on juger de ce qu'on ne connait pas ? Ignominie !

L'énorme mensonge sur les « partisans » de Ouattara prétendument traités de « rats d'égoût » par Gbagbo

Dans son interview accordée à RFI, Jean-Marie Fardeau remet « sur le marché » un mensonge grossier contenu dans le rapport consacré à la Côte d'Ivoire publié par HRW et qui s'intitulait « Ils les ont tués comme si de rien n'était ». « Nous, Human Rights Watch, et d’autres organisations, avions déjà témoigné et rapporté le fait que Laurent Gbagbo lui-même s’était exprimé à la radio, notamment pour appeler à l’érection de barrages dans la ville d’Abidjan pour bloquer les partisans de Ouattara, en appelant à dénoncer tous les étrangers qui étaient suspectés d’être des soutiens de Ouattara, notamment les migrants ouest-africains, et en traitant les partisans de Ouattara de « rats d’égout » », affirme-t-il. Or ces propos n'ont jamais été prononcés par Gbagbo, encore moins à la Radio. Contrairement aux pratiques en vigueur, HRW se garde bien de citer sa source avec précision concernant ses propos. Evoqués en page 5 du rapport « Ils les ont tués comme si de rien n'était », dans la partie « résumé », sans la moindre référence de bas de page, ils disparaissent totalement du corps du rapport. Qui n'en parle plus du tout. 

Fort curieusement, on retrouve des propos qui leur ressemblent à la page 49. Mais ils ne sont pas de Laurent Gbagbo, mais du journaliste K.K Maurice du quotidien Le Temps. Ils ne désignent pas « les supporters d'Alassane Ouattara » mais « les rebelles » et leurs « mercenaires burkinabé » qui affrontent les forces loyalistes à Abobo. Bien entendu, ces propos sont extrêmement durs, comme ils peuvent l'être en temps de guerre ouverte. Une chose est sûre : les avocats du président Gbagbo gagneraient à porter plainte contre Jean-Marie Fardeau, pour dévoiler à la face du monde ses manipulations.

Le deux poids deux mesures de Fardeau

Le directeur « France » de Human Rights Watch affirme que nul n'est besoin de preuves remises à Fatou Bensouda par la France pour « alimenter un dossier pour le procès de Laurent Gbagbo », parce que « c'est lui qui dirigeait directement les Forces de sécurité (FDS) dans la période post-électorale ». Si l'on suit cette logique, c'est qu'Alassane Ouattara, qui était le chef des Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) durant la même période, devrait tout logiquement se retrouver en procès, lui aussi. Mais Fardeau appelle plutôt à juger ceux, qui dans le camp Ouattara, se sont rendus coupables de crimes contre l'humanité. Et non Ouattara lui-même. Pour lui, la justice revient à s'acharner contre le chef politique d'une armée régulière, et à livrer des lampistes au service du chef politique d'une rébellion soutenue par l'Occident et qui a finalement eu le dessus. 

Par ailleurs, il endosse sans la moindre réserve le chiffre de « 548 personnes qui auraient été exécutées » par les pro-Ouattara alors qu'il est sorti du chapeau de la présidente d'une Commission d'enquête contrôlée de bout en bout par le pouvoir, et qu'il est objectivement le fruit d'une sous-estimation volontaire. Dans la mesure où seulement dans le département de Duékoué, voire dans le quartier « Carrefour » uniquement, le nombre de victimes des milices pro-Ouattara est supérieur à ce chiffre fantaisiste.

Théophile Kouamouo [Le Nouveau Courrier]

13/06/2014

Les charges confirmées contre Gbagbo - L'intégralité des arguments de la juge belge qui a dit non

 

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Au sein de la rédaction du « Nouveau Courrier », nous avons voulu traduire pour nos lecteurs la totalité de l'opinion dissidente de la juge belge Christine Van den Wyngaert sur l'affaire qui oppose Fatou Bensouda à Laurent Gbagbo. Ses propos sont frappés au coin du bon sens juridique, et le fait que son argumentaire n'ait pas été suivi par ses collègues montre bien qu'il ne s'agissait pas, dans le cas d'espèce, de s'en tenir à la logique judiciaire dans toute sa rationalité. Un document pour l'Histoire.

 

 

 

  1. Je suis dans l'incapacité de suivre mes collègues quant à leur décision de confirmer les charges contre Laurent Gbagbo sur la base de l'article 25(3)(a),(b) et (d). Pour les raisons explicitées dans cette opinion, je suis d'avis que les preuves restent insuffisantes.

  2. Il y a une augmentation quantitative considérable des preuves soumises par le procureur depuis l'ajournement du 3 juin de l'année dernière. Les différents incidents soutenant l'accusation de crimes contre l'humanité sont désormais mieux soutenus par des preuves. Cependant, en dépit de la demande visant à obtenir plus d'informations et de meilleurs informations sur le nombre de victimes en relation avec les incidents supposés, le problème précédement identifié concernant le recours aux ouï-dire anonymes demeure.

 

  1. Plus important, je ne suis pas convaincue que le procureur a prouvé les modes de responsabilités alternatifs qui sont considés dans le Document amendé contenant les charges. Je n'ai aucune objection de principe quant à confirmer les modes de responsabilité alternatifs. Au contraire, si les modes de responsabilité alternés sont soutenus par des preuves, ils doivent être appliqués aussi vite que possible dans les procédures, si possible lors de la confirmation. Ce qui évite l'application de la régulation 55 à des moments tardifs de la procédure.

  2. Toutefois, les charges doivent seulement être confirmées si les preuves ont des chances réalistes de convaincre au delà du doute raisonnable. Je suis, bien sûr, consciente de ce que les standards applicables pour une confirmation sont bien plus bas que lors d'un procès. Lors de l'étape de la confirmation, le procureur peut même bénéficier du bénéfice du doute quand les questions relatives à la crédibilité de certains témoins ou à la valeur probante de documents en particulier. Toutefois, il doit exister une base de preuve suffisante pour convaincre de ce que ces questions seront résolues par le procureur durant le procès. S'il est clair que, si la preuve est considérée à son niveau maximal, des doutes substantiels sur son caractère suffisant demeurent, on ne peut pas confirmer les charges. En me basant sur ma compréhension de cela, je suis d'avis que les preuves à l'appui des charges sous l'article 25 (3)(a),(b) et (d) tombent en dessous des seuils de l'article 61(7) du Statut.

  3. En ce qui concerne les accusations en vertu de l'article 25 (3) (a), je ne suis pas convaincue par les éléments de preuve disponibles qu'il existe des motifs substantiels de croire que le plan commun présumé de maintenir Laurent Gbagbo au pouvoir soit explicitement

    ou implicitement la cause de la commission de crimes contre des civils pro-Ouattara . Il n'existe aucune preuve convaincante, à mon avis, qui montrent que Laurent Gbagbo s'est entendu à un quelconque moment avec son supposé « cercle rapproché » pour commettre des crimes contre des civils innocents. Par conséquent, je ne suis pas convaincue qu'il y avait un effort délibéré de la part de Laurent Gbagbo et de son « cercle rapproché » en vue de préparer mentalement et matériellement ses partisans à commettre des crimes contre des civils. Par exemple, je ne partage pas l'interprétation de mes collègues sur le fait que le discours de Gbagbo à Divo le 27 août 2010 a été un signal faisant comprendre à ses partisans qu'ils seraient autorisés à commettre des crimes contre des civils pro-Ouattara en toute impunité. Je ne crois pas non plus qu'il était prévisible que le meurtre et le viol de civils auraient lieu dans le cours normal des événements.

    Les données disponibles sur un nombre d'incidents violents isolés commis par

    les partisans de Laurent Gbagbo dans les années précédentes ne suffisent pas, à mon avis, pour montrer que Laurent Gbagbo savait que les FDS et/ou ses autres partisans auraient inévitablement commis des crimes contre des civils pro-Ouattara.

  4. En outre, les preuves disponibles ne m'ont pas convaincu qu'il y a des motifs substantiels de croire que Laurent Gbagbo, seul ou de concert avec un ou plusieurs membres du «cercle rapproché» présumé, a utilisé les forces à sa

    disposition pour commettre intentionnellement des crimes contre des civils. Il n'y a pas de preuve spécifique sur un quelconque ordre ou une instruction émanant de Laurent Gbagbo à cet effet, pas plus qu'un ordre ou une instruction qui puisse être déduite d'autres éléments de preuves disponibles, à mon avis. En particulier, je ne crois pas qu'il soit possible de déduire du fait que Laurent Gbagbo a interdit la marche sur la RTI, qu'il a implicitement chargé les forces impliquées dans la répression de commettre des crimes contre des protestataires civils pacifiques. De la même manière, je ne vois pas comment le déploiement de forces armées à Abobo, qui a impliqué une possible utilisation de mortiers, peut être interprété comme une instruction d'utiliser ces armes contre des civils. Il est important de garder à l'esprit, à cet égard, que l'armée a été déployée afin de lutter contre un groupe d'insurgés lourdement armés

    et que la pratique régulière application de la loi (police, gendarmerie) n'était plus en mesure de gérer la situation. Bien qu'il puisse être soutenu que par l'envoi d'unités militaires dans une zone civile densément peuplée, Laurent Gbagbo a créé et accepté un risque que des civils innocents pourraient être blessés (c.-à-dol éventuel), cela n'est pas suffisant pour conclure qu'il activement incité ces troupes à prendre délibérément des civils pour cibles. Je suis donc dans l'incapacité de considérer Laurent Gbagbo comme un auteur indirect au sens de l'article 25 (3) (a).

  5. En ce qui concerne les charges visées à l'article 25 (3) (b), comme viens de mentionner, je ne vois pas suffisamment de preuves pour conclure que Laurent Gbagbo aurait ordonné ou autrement délibérément incité la commission de l'un des crimes contre les civils. En termes d'incitation implicite, sur la base du éléments de preuve concernant des discours publics de Laurent Gbagbo et ses prétendues instructions et déclarations adressées aux membres des FDS ou au « cercle rapproché », je ne suis pas convaincu qu'ils montrent un effort délibéré, de la part de Laurent Gbagbo, d'inciter ou de préparer mentalement ses partisans à commettre des crimes contre les civils, et encore moins qu'ils aient eu un tel effet direct.

  6. En ce qui concerne les accusations en vertu de l'article 25 (3) (d), je ne peux pas me joindre à mes collègues pour confirmer [les charges, ndlr], parce que je ne vois pas de preuves suffisantes de l'existence d'un groupe de personnes agissant dans un but commun. Le document amendé contenant les charges ne fournit aucune indication précise quant à la composition d'un tel groupe. En effet, étant donné que personne ne soutenir que tous les membres des FDS, tous les mercenaires, tous les membres des milices et tous les groupes de jeunesse constituaient un large « groupe agissant dans un objectif commun », il est nécessaire de savoir qui a appartenu à ces groupes agissant avec un objectif commun.

  7. La décision de confirmation estime que les éléments de preuve démontrent suffisamment que «les membres des forces pro-Gbagbo » conduits par Laurent

    Gbagbo et le cercle rapproché constituent un groupe au sens de l'article 25 (3) (d) du Statut. Alors que je suis d'accord sur le fait qu'il n'est pas nécessaire d'identifier chaque membre du groupe et que la composition du « groupe agissant avec un but commun » peut, dans une certaine mesure, changer au fil du temps, je ne pense pas qu'il soit permis d'inclure dans le « groupe » des personnes qui n'ont jamais eu, et encore moins partagé, l'intention de commettre des crimes contre des civils. Cela fait suite au fait que, comme cela a été indiqué dans les cas précédents, afin d'avoir un groupe agissant dans un but commun au sens de l'article 25 (3) (d), il est nécessaire de montrer que tous les membres du groupe avaient le même état d'esprit, comme cela est requis dans les cas de co-action selon un plan commun au sens de l'article 25 (3)(a). En conséquence, seules les personnes qui ont accepté de maintenir Laurent Gbagbo au pouvoir à tous les coûts et de commettre des crimes contre les civils dans le but d'atteindre cet objectif, peuvent être considérés comme appartenant au groupe agissait avec un but commun. Bien qu'il soit probable qu'il y avait un certain nombre d'acteurs de bas niveau hiérarchique qui étaient prêts à commettre des crimes contre des civils au nom de Laurent Gbagbo, je pense pas que des éléments de preuve substantiels donnent des raisons de croire qu'ils constituaient un ou plusieurs groupes agissant avec un objectif commun, parce qu'il n'y avait aucune preuve d'un accord mutuel entre eux. En tout cas, le procureur ne fournit aucun argument clair et ne pointe pas des preuves spécifiques concernant le contour et la composition du prétendu « groupe agissant dans un but commun. »

  8. En outre, à supposer même qu'il existait un ou plusieurs «groupe(s) agissant avec un objectif commun », je ne parviendrais toujours pas à voir assez de preuves des contributions présumées de Laurent Gbagbo en connaissance de l'intention criminelle de la part du groupe présumé. Beaucoup de prétendues

    contributions, par exemple les achats d'armes présumés ou l'argent qui aurait été transféré à plusieurs organisations pro-Gbagbo, sont soit trop insignifiantes ou n'ont pas de lien évident avec les crimes allégués contre des civils. Un facteur pertinent à cet égard est que le régime Gbagbo faisait face à un adversaire puissamment militarisé dans plusieurs régions du pays, y compris Abidjan. L'achat et la distribution des armes a donc probablement été liée à l'imminence / escalade des hostilités armées.

  9. Enfin, dans la mesure où les accusations en vertu de l'article 28 du Statut sont concernées, je considère les éléments de preuve plutôt ambigus. Il est clair, de

    mon point de vue, que Laurent Gbagbo savait que des civils étaient lésés par

    certaines unités des FDS et par d'autres groupes armés qui lui sont fidèles. (…) Il existe des preuves montrant que le gouvernement putatif de Laurent Gbagbo

    a pris un certain nombre de mesures pour que les crimes allégués fassent l'objet d'enquêtes et soient poursuivis. Toutefois, l'efficacité de ces mesures en vue de prévenir ou réprimer la commission d'autres crimes – ou même d'enquêter et de poursuivre les auteurs de celles déjà commises – dépendait dans une large mesure de la réponse à une question. Étaient-ils de véritables efforts pour arrêter et/ou sanctionner la violence contre les civils ? Cette question ne peut être résolue à ce stade de la procédure. En conséquence, étant donné que des doutes à l'étape de confirmation ne doivent pas fonctionner automatiquement contre le Procureur, j'aurais pu, en principe, envisager de confirmer des charges sur la base de l'article 28. Toutefois, je tiens seulement à confirmer des crimes qui ont été supposément commis par des membres des FDS ou par des miliciens et mercenaires opérant dans la structure de commandement des FDS. En ce qui concerne les crimes qui auraient été commis par d'autres groupes armés pro-Gbagbo, qui opéraient en dehors de la structure de commandement des FDS, je ne suis pas convaincu par les preuves disponibles qu'il y a des motifs substantiels de croire que les membres de ces groupes peuvent être considérés comme « des subordonnés placés sous l'autorité effective [de Laurent Gbagbo] et [son] contrôle » au sens de l'article 28 (b) du Statut.

  10. En conclusion, je tiens à dire très clairement que, bien que je ne suis pas convaincue que les éléments de preuve versés au dossier suffisent pour traduire Laurent Gbagbo en justice pour les accusations en vertu de l'article 25 (3) (a), (b) et (d), je ne nient pas que des crimes horriblesont été commis contre des civils par les forces fidèles à Laurent Gbagbo. Cependant, en tant que juge de la Chambre de la Cour préliminaire, il est de mon devoir d'évaluer si les poursuites contre Laurent Gbagbo, telles que formulées par la Procureure dans le document amendé contenant les charges, sont suffisamment fortes pour aller au procès. C'est mon opinion réfléchie que, dans la mesure où les articles 25 (3) (a), (b) et (d) sont concernés, elles ne le sont pas.

 

Traduit par Benjamin Silué

 

12/05/2014

Ahoua Don Mello, porte-parole de Gbagbo pendant la guerre, fait des révélations sur la chaîne de TV camerounaise Equinoxe

28/02/2014

Centrafrique : selon un journaliste français, Bozizé a été lâché par la France pour s'être rapproché de la Chine et de l'Afrique du Sud

Il s'appelle Juan Branco, est journaliste free lance (collabore notamment aux Inrockuptibles) et chercheur à l'Université de Yale aux Etats-Unis. Lors d'une émission publiée sur le site d'Arrêt sur images (accessible uniquement aux abonnés), il s'est appesanti sur les enjeux économiques et géostratégiques de la crise en République centrafricaine. Où l'on "aperçoit" une banque d'affaires française manifestement puissante au sein des médias hexagonaux qui signe un contrat  de renégociation de la dette sommaire à la va-vite avec le putschiste Michel Djotodia avant qu'il s'en aille ; une ONG qui est en réalité le faux nez d'une multinationale minière canadienne sans scrupules ; des Sud-Africains qui s'immiscent dans le pré carré sous Bozizé, créature françafricaine devenue incontrôlable, en encadrant la Garde républicaine locale et suscitent l'ire de Paris ; des Chinois qui raflent des contrats pétroliers sous le même Bozizé ; Total et Areva en embuscade.

Je me suis permis de "capturer" six minutes de cette émission passionnante pour des raisons d'intérêt général, et je m'en excuse d'avance auprès de l'équipe d'Arrêt Sur Images. Le son et l'image de la vidéo publiée à la fin de ce post sont de mauvaise qualité. Celui qui veut mieux... eh bien, qu'il s'abonne !

26/02/2014

Crise centrafricaine : un diplomate sud-africain fait des révélations et s'en prend à la CEMAC

Ce sont des propos tenus à l'occasion d'une interview vidéo accordée au portail en ligne ivoirien L'Infodrome par l'ambassadeur sud-africain à Abidjan, Vusi Sindane. A la faveur de cet entretien, le diplomate dégaine et tient des propos qui révèlent l'atmosphère de franche discorde qui règne au sein de l'Union africaine, notamment entre son pays et les nations membres de la CEMAC, qu'il accuse de manière fort peu voilée d'avoir été les complices des attaques de la Séléka contre les troupes de son pays positionnées en Afrique, et dont il affirme qu'ils se sont débrouillés pour remettre le destin de la Centrafrique à des mains extérieures au continent. Avec le peu de succès que l'on sait. Ses propos devraient normalement avoir une certaine résonance en Europe, plus particulièrement en France. En effet, ils viennent en soutien à la thèse selon laquelle Paris, qui feint d'aller jouer les gendarmes de la paix à son corps défendant, encourage ses alliés "francophones" à "saboter" la mise en place de "solutions africaines aux problèmes africains". Ce qui revient, finalement, à faire payer le contribuable français, qui dépense son argent dans des expéditions néocoloniales.

Extraits.

- "L'Afrique du Sud était présente en Centrafrique depuis plus de dix ans. Elle a reçu mandat d'y aller pour aider le gouvernement qui était là-bas. (...) Jusqu'à ce fameux événement où les événements de la Séléka sont rentrés en très grand nombre. Ils ont attaqué la position sud-africaine. (...) Naturellement, le nombre a fait qu'ils ont pu surprendre cette position sud-africaine. Nous avons perdu environ 15 soldats. Mais vous avez sans doute lu les vrais rapports : la Séléka a perdu des centaines d'éléments pendant ces combats. Cet événement a poussé le gouvernement sud-africain à se réunir en urgence et à en référer à l'UA avec une proposition : avec ce qui se passe, mieux vaut renforcer la présence sud-africaine sur le terrain pour éviter certaines choses (...) Les soi-disant dirigeants de cette partie de l'Afrique se sont réunis et ont dit aux Sud-Africains : "non, non, à partir de maintenant, nous on peut". Parce qu'ils pensaient avoir des soutiens hors du continent. L'Afrique du Sud en a référé à son gouvernement et à l'UA et elle a retiré le peu de troupes qui était là. Elle n'a pas eu l'autorisation d'augmenter ses troupes pour avoir une présence plus importante. (...)

Vous connaissez la suite. Ces mêmes dirigeants sont allés reconnaître une rébellion contre les textes de l'organisation qui commande tout le continent. Le dirigeant de cette rébellion qui a attaqué est devenu un dirigeant transitionnel. Aujourd'hui, les résultats sont là. Les chrétiens sont attaqués, les musulmans sont attaqués. (...) 

Il ne s'agit pas pour les Sud-Africains de venir s'imposer en tant que puissance. Ce n'est pas une façon d'agir quand il y a des lois (...) Un pays ne s'impose pas aux autres. Les pays travaillent dans le cadre de l'Union africaine. C'est quand l'Union africaine dit "faites ceci", que nous le faisons. Nous ne faisons pas au-delà."

03/02/2014

Enorme jurisprudence - Sous Ouattara, la justice ivoirienne admet la "légitimité" de l'administration Gbagbo durant la guerre post-électorale

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La joie des proches des dix ex-responsables de la Police ivoirienne, acquittés hier alors qu'ils étaient jugés pour "violation de consignes" après avoir bénéficié d'un non-lieu concernant des accusations aussi diverses qu'originales (viol, vol, atteinte à la sûreté de l'Etat) est naturellement compréhensible.

Mais, alors qu'ils célébraient qui leur père, qui leur époux, qui leur ami éloigné d'eux pendant près de trois ans, se rendaient-ils compte de la force de la JURISPRUDENCE que représente ce verdict libérateur ? En effet, si le tribunal a déclaré "à l'unanimité" les prévenus non coupables pour "délit non établi", le parquet militaire - qui représentait dans le prétoire ce pouvoir là même qui a jeté ces hommes en prison aussi longtemps - a estimé que les accusés ont "agi sous les ordres d'une hiérarchie légitime".

Le pouvoir Ouattara dit donc, très clairement et de manière très officielle, que de décembre 2010 à avril 2011, l'administration Gbagbo était "légitime". Cela signifie par voie de conséquence que tous ceux qui ont été persécutés pour avoir obéi aux ordres de cette administration n'ont rien fait de mal. Alors que leur statut de prisonniers politiques est désormais gravé dans le marbre de l'Histoire grâce à cet aveu judiciaire, ils devraient en toute logique - mais il n'y a rien de logique dans toute cette histoire - être dédommagés. Et tous ceux qui se trouvent encore en prison pour avoir suivi Gbagbo plutôt que Ouattara devraient déjà être en train de faire leur paquetage et de préparer leur libération !

Il ne sera donc plus possible en Côte d'Ivoire - vu que l'Accusation, qui semble être tombée sur son chemin de Damas, ne fera en toute logique pas appel - d'interdire des journaux parce qu'ils écriront qu'Aké N'Gbo a été Premier ministre... par exemple.

Si on veut suivre la logique que nous suggère à la fois le juge et le procureur militaire, Alassane Ouattara a bel et bien perpétré un coup d'Etat le 11 avril 2011 vu que juste avant, "une hiérarchie légitime" était en place.

Mais il ne faut pas, n'est-ce pas, trop énerver ceux qui sont déjà "embrouillés" entre leurs concepts juridiques foireux, leur sadisme revanchard et les nombreuses pressions du "maître", qui fixe visiblement ses conditions avant de venir à Abidjan inspecter son "dominion" sans que cela ne nuise trop à son image.