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03/12/2014

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06/10/2014

L'apatridie en Côte d'Ivoire, ou la déraison de la "communauté internationale"

Blé Goudé et CEI. La semaine qui vient de se dérouler a été marquée par l'audience dite de confirmation des charges contre le fondateur du Congrès panafricain des jeunes patriotes (COJEP), qui s'est déroulée à La Haye ; et par le redémarrage du dialogue entre le régime Ouattara, qui a mis dans le pot des négociations une proposition d'élargissement du bureau de l'institution chargée de superviser les élections – dont il est peu probable qu'elle règle les problèmes de fond –  et son opposition. Ces deux feuilletons d'actualité ont mis aux prises trois types d'acteurs : ceux de la nébuleuse RDR, qui est aujourd'hui au pouvoir ; ceux de l'opposition organisée autour du FPI et des mouvements alliés ; et la fameuse « communauté internationale ». 

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03/10/2014

Blé Goudé à la CPI : la jurisprudence de l'ignominie [Par Théophile Kouamouo]

Les charges contre le ministre de la Jeunesse du gouvernement Aké N'Gbo seront-elles confirmées ? Si l'on s'en tenait à la logique juridique normale, la réponse à cette question serait évidemment négative. Mais voilà : la CPI n'est pas un tribunal normal. Procès après procès, forfaiture après forfaiture, il est en train de mettre en place une jurisprudence de l'ignominie, digne des « procès de Moscou » et des pires Républiques bananières.

 

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02/10/2014

Les mirages de la croissance africaine, par Théophile Kouamouo [publié dans L'Humanité Dimanche]

Si l'on s'en tient aux chiffres, le continent le plus pauvre au monde connaîtrait un relèvement économique prodigieux. Mais une Commission spécialisée de l'ONU pointe du doigt un modèle fragile : industrialisation en berne, chômage persistant et investissements mal orientés. A rebours des recettes néolibérales, elle propose une plus forte intervention des États.

 

 

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28/09/2014

Soutien de François Hollande à la dictature ivoirienne : le rapport Védrine nous donne des clés d'explication !

Si les embastillés et les torturés qui croupissent dans les geôles ivoiriennes ne suscitent pas grand intérêt au sein de l'ex-puissance coloniale, c'est sans doute notamment en raison d'une doctrine selon laquelle les exportations vers l'Afrique doivent aider à créer des centaines de milliers d'emplois en France. Une doctrine que Ouattara a manifestement bien assimilé.

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13/08/2014

Prétendue augmentation du niveau de vie des Ivoiriens - Le rapport du PNUD qui contredit Ouattara

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"En trois ans, nous avons eu une croissance d'à peu près 25% (...) c'est-à-dire que chaque Ivoirien a eu une augmentation de son niveau de vie d'à peu près 6%", a péroré Alassane Ouattara, lors de la traditionnelle interview donnée à la RTI à la veille de la fête nationale. Avant de se raviser, sans doute de peur d'irriter ses "adorateurs", dont les conditions de vie sont aussi difficiles que celles des autres Ivoiriens. "Bien sûr, cela c'est du papier, et il faut le voir maintenant dans le quotidien des Ivoiriens", a-t-il tout de même admis.
D'où a-t-il donc sorti ses chiffres qu'il s'est empressé de relativiser ? En effet, il s'exprimait quelques jours après la publication par le Programme des Nations unies pour le , développement du Rapport sur le développement humain 2014. Un rapport très attendu parce qu'il ne se borne pas à calculer la richesse produite dans un pays comme le fameux Produit intérieur brut (PIB), mais qu'il s'emploie à évaluer les impacts de l'activité économique sur la réalité du quotidien des populations. L'indice de développement humain (IDH), rendu public dans le cadre du Rapport sur le développement humain, est ainsi un indice statistique composite qui prend en compte la santé et la longévité, mais aussi le niveau d'éducation et le niveau de vie, en particulier le pouvoir d'achat du plus grand nombre.
Alassane Ouattara n'en finit pas de brandir la croissance du PIB en Côte d'Ivoire comme le signe absolu que tout va bien. Pourtant, à l'aune du développement humain, c'est-à-dire celui qui concerne la réalité des Ivoiriens ordinaires, aucun progrès n'est enregistré. En effet, le pays demeure à la 171ème place sur 187, ce qui est un classement tout à fait médiocre et qui devrait relativiser les rodomontades sur une prétendue "émergence" en 2020, et les comparaisons insensées avec l'Allemagne, par exemple. Au titre du "développement humain", la Côte d'Ivoire est derrière le Kenya, le Rwanda, le Cameroun, le Nigeria, Madagascar, la Mauritanie, le Sénégal, le Soudan, le Bénin, le Togo et Haïti !
Plus préoccupant : la progression de l'Indice de développement humain (IDH) a paradoxalement ralenti depuis le début des années Ouattara et des taux de croissance mirifiques chantés à longueur de journée. En effet, entre 2011 et 2013, l'IDH de la Côte d'Ivoire passe de 0,443 à 0,452, soit une croissance de 2,03%. Entre 2008 et 2010, en pleine crise politico-armée et partition territoriale, il passait de 0,427 à 0,439, soit une croissance de 2,8%. Forcément, de nombreuses questions se posent. Dans quelles poches va donc la richesse qui est, nous dit-on, produite aujourd'hui plus que jamais dans le pays ? A quoi sert l'endettement record du pays s'il n'améliore pas la santé, l'éducation et le niveau de vie des populations ? La thèse défendue par le parti d'opposition LIDER, dirigée par l'ancien président de l'Assemblée nationale et professeur agrégé d'économie Mamadou Koulibaly, selon laquelle sous Ouattara il existe une "croissance appauvrissante" trouve-t-elle là des éléments d'objectivation ?

Théophile Kouamouo

12/08/2014

Commission électorale en Côte d'Ivoire : les mêmes scénarios recommencent

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Vendredi dernier, la Commission électorale "indépendante" (CEI), dans un empressement qui ne peut pas être innocent, a annoncé dans un communiqué que l'opposition significative, c'est-à-dire l'Alliance, coalition dont fait partie le Front populaire ivoirien (FPI), avait nommé ses deux représentants en son sein : l'ancien ministre de la Défense Alain Dogou et Bertin Ganin (RPP).

Cette annonce intervient elle-même après une rencontre, mardi dernier, entre une délégation de haut niveau de l'Alliance, menée par Pascal Affi N'Guessan, président du FPI himself, et le ministre de l'Intérieur d'Alassane Ouattara, Hamed Bakayoko. Au cours de cete rencontre, les parties en présence ont semblé s'entendre sur un mot magique : "consensuel". La composition du bureau de la CEI sera "consensuelle", nous dit-on.

Le boycott ne suffit plus...

Tirons les choses au clair. Au Nouveau Courrier, nous considérons que le "boycott passif" des prochaines échéances électorales serait un aveu d'impuissance de la part de l'actuelle opposition ivoirienne, au même titre qu'une participation à tout prix. Nous considérons que le FPI et les formations alliées gagneraient à se battre, pied à pied, à coups de négociations mais aussi de pressions "viriles", pour réunir les conditions d'une compétition politique acceptable.  Cette prise de position n'est pas liée à des affinités particulières, mais à une analyse froide de la situation, qui ne date pas d'aujourd'hui. Il nous semble important de produire ici des extraits de notre éditorial du 22 avril 2013, au lendemain d'élections locales caractérisées, comme les législatives, par ce que l'on a appelé un "désert électoral". Pascal Affi N'Guessan et de nombreux autres dignitaires du parti "bleu et rose" étaient encore en prison. Nous écrivions : "Là où tout le monde imaginait qu'il éclaterait sous l'effet de la "bombe" du 11 avril 2011, le FPI a réussi à compter ses sympathisants sans pour autant se soumettre à un jeu électoral tronqué et à montrer au monde entier, grâce à une utilisation profondément politique de l'arme du boycott, qu'il continue de garder une place centrale sur l'échiquier politique ivoirien. Cela dit, la logique qui lui a permis de maintenir son unité dans la tourmente est arrivée à expiration. Le FPI ne peut pas se contenter de continuer la Résistance. Il doit réinvestir le terrain politique". Nous poursuivions : "L'avenir de la démocratie en Côte d'Ivoire dépendra de la capacité du FPI, du CNRD, du PDCI, du PIT, de LIDER, de la société civile... à aller au-delà des calculs à court terme et à peser efficacement sur "l'architecture politique et électorale" qui présidera au round électoral qui commencera en 2015".

Nous ne sommes donc pas opposés, dans le fond, à la ligne politique mise en oeuvre par Pascal Affi N'Guessan. Nous le sommes d'autant moins que même si l'on considère que la "vraie présidentielle" aura lieu en 2020 (2015 étant truqué d'avance), il demeure important d'avoir un oeil sur ce qui se fait, notamment en matière de fichier électoral, et d'investir, dès 2016, l'Assemblée nationale, instance-clé de structuration des batailles électorales à venir. L'enjeu de la participation à la CEI ne se limite pas à la présidentielle...

Hamed Bakayoko n'a pris aucun engagement écrit

Cela dit, les derniers épisodes du feuilleton de la CEI nous rendent pour le moins circonspects. Résumons. Au départ, l'opposition a rejeté en bloc le format de la CEI, dans la mesure où elle continue à être outrageusement dominée par des politiques songeant chacun à sa chapelle, mais aussi parce qu'au sein de cette "galaxie politique", le camp Ouattara était outrageusement sur-représenté. Comme en 2010, année durant laquelle il a utilisé cette sur-représentation CEI pour détourner le processus électoral à son profit... Faisant un pas en direction du pouvoir, l'Alliance a estimé qu'elle pouvait intégrer la CEI si un "consensus" permettait de créer un équilibre au sein du Bureau de l'institution, dont elle veut la présidence et au moins une des vice-présidences.

C'est dans cette atmosphère que des négociations souterraines ont abouti à la désignation des deux représentants de l'opposition significative qui siègeront au sein de l'institution. Ils prêteront serment, et c'est après cette prestation de serment qu'une élection en interne interviendra, et que ce qui a été "promis" au FPI se concrétisera... ou pas. En effet, il n'y a ici guère d'accord écrit entre les parties. Hamed Bakayoko pourra dire que les autres membres de la CEI sont restés sourds à ses propositions. C'est d'ailleurs le scénario le plus probable. Et il rappelle de  nombreuses autres situations, durant la période 2002-2010. Ce qui était alors appelé "le camp présidentiel" ayant alors signé des accords visiblement "mauvais", parce qu'il s'était vu "tordre le bras" par des "amis" qui disaient lui vouloir du bien, tout en espérant (toujours en vain) que les "bons conseilleurs" viendraient l'aider à aménager ce que l'opposition d'alors, inflexible, considérait comme un acquis ne pouvant en aucun cas être remis en question. Observons donc les prochains développements, en espérant que les vieux scénarios ne se reproduiront pas.

Tant que l'Alliance n'avait pas désigné ses représentants, la nouvelle CEI n'aurait pas pu se mettre en place, ce qui aurait retardé la logique des élections "vite vite" et de préférence dans le brouillard complet qui est celle de Ouattara. On ne peut que se demander ce qui pressait. Pourquoi n'avoir pas fait monter les enchères un peu plus ?

On est toutefois bien obligé d'admettre que les divisions profondes qui existent aujourd'hui au FPI rendent impossible toute négociation en position de force, y compris de force relative, et toute stratégie qui alternerait nécessaires pressions y compris dans la rue et retours à la table de négociation. En désaccord profond sur la marche à suivre, se soupçonnant de tout et de rien, certains allant même jusqu'à répandre la poudre empoisonnée de la suspicion systématique, cadres et militants ne peuvent pas se tenir la main dès lors qu'il s'agit de mettre en oeuvre toute éventuelle action de grande envergure. Et c'est bien dommage !

Théophile Kouamouo [Editorial du Nouveau Courrier du 11 août 2014]

 

28/06/2014

Le Nouveau Courrier et moi ou la tentation d'en finir

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IL FAUT PEUT-ETRE SAVOIR S'ARRETER. En octobre 2002, soit il y a bientôt 12 ans, je faisais librement le choix de quitter Le Monde, dont j'étais le correspondant en Côte d'Ivoire, parce que je ne voulais pas le type de journalisme que j'étais condamné à faire si j'y demeurais alors que la France officielle y avait engagé une guerre civile par rebelles interposés. Depuis, j'ai essayé de creuser mon sillon hors des sentiers battus ; de faire avec les moyens de bord du journalisme de qualité témoignant de la réalité du conflit ivoirien. Je suis devenu entrepreneur de presse par nécessité dans ce contexte. Au Courrier d'Abidjan, à Le Nouveau Courrier, nous avons témoigné comme nous le pouvons. Humblement, nous avons contribué à ouvrir quelques paires d'yeux. Mais quelle est la valeur que les lecteurs accordent à notre travail ? Depuis que les journaux d'opposition ont été autorisés par le régime Ouattara après avoir été systématiquement pillés, j'ai insisté sur un "modèle économique" fondé sur les abonnements, parce que les ventes au numéro sont un socle trop fragile dans un contexte de persécution politique et de "concurrence interne" accrue. J'espérais 1000 abonnés [Mediapart à qui beaucoup d'entre nous attribuent des articles qu'il n'a pas écrit tant l'espérance est grande en a 80 000] pour mettre mon équipe à l'aise afin qu'elle produise du bon journalisme dans un premier temps ; puis 2000 qui financeraient une diversification audiovisuelle. Las. Nous en avons tout au plus 120-130. Les nouveaux abonnés "remplacent" ceux qui ne renouvellent pas leurs abonnements. J'ai tout essayé pour plaider notre cause auprès du public. En vain. Sans doute que je m'y prends mal, ou que notre contenu n'est pas assez attrayant. Pendant plus d'un mois, nous n'avons pas pu paraître. Et en dehors de la solidarité du "faible nombre" de nos abonnés, nous n'avons pas eu beaucoup de retours... Nous avons échoué à mobiliser une masse critique de lecteurs croyant assez à notre travail pour s'abonner. Il faut en prendre acte.

Aujourd'hui je suis fatigué. Ce n'est pas tant le fait de faire face aux persécutions politiques et à l'ostracisme à Abidjan et à Paris qui épuise. C'est d'avoir à se battre contre les sites-pirates qui pillent notre contenu et se fichent bien d'être dénoncés. Des sites-pirates sur lesquels notre cible lit notre production sans trop se soucier de ce que nous devenons. C'est d'avoir à subir la "violence" des acheteurs et abonnés qui diffusent largement notre production à leurs amis... ces derniers attendant d'être servis gratuitement. Je suis fatigué de la concurrence de journaux bleus malhonnêtes qui diffusent des mensonges éhontés, des prophéties et de vieilles infos recyclées, des fausses "bonnes nouvelles" qui illusionnent le lecteur, lequel se détourne des contenus plus réalistes.

"Pour qui écrit le journaliste africain ?" Angoissante question. 

Vivre dans la grande précarité et les privations, faire subir à nos familles le prix de nos engagements n'a du sens que si nous pouvons AU MOINS travailler. Mais à force de survivre, nous ne le pouvons plus.

Sans doute devrais-je me résoudre à écrire, douze ans après : "J'arrête".

18/06/2014

"Le Crocodile et le scorpion" de Jean-Christophe Notin : un livre de désinformation sur les relations entre la France et la Côte d'Ivoire

C'est un bouquin dangereux pour les générations futures, qui tente de réécrire l'Histoire récente et multiplie les absurdités grossières et les contre-vérités. Ce qui ne l'empêche pas de s'imposer en France comme un « livre de référence » dont on peuplera les bibliothèques et instituts spécialisés. Et pourtant !

 

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16/06/2014

Interviewé par RFI sur Gbagbo - Les mensonges éhontés de Jean-Marie Fardeau, de Human Rights Watch France

Dans un entretien accordé à la radio française de service public destinée à l'étranger, Jean-Marie Fardeau attribue à Gbagbo des propos qu'il n'a jamais tenus. Et multiplie les incohérences intéressées.

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Un jour, il faudra que des universitaires courageux se penchent méticuleusement sur le travail de l'ONG Human Rights Watch (HRW) sur la Côte d'Ivoire en particulier au cours de ces dix dernières années. En effet, nombre de responsables de cette officine qui dit défendre les droits humains, ont été pris à plusieurs reprises en flagrant délit de mensonge et de manipulation. Hier, Jean-Marie Fardeau, directeur France de cette organisation financée en grande partie par le spéculateur américain Georges Soros, que l'on dit proche d'Alassane Ouattara, s'est illustré, lors d'une interview accordée à RFI, par des mensonges renversants.

Le mythe du « dossier solide »

« Grâce » au refus de la CPI d'organiser à nouveau une audience publique après l'humiliation en « mondovision » de Fatou Bensouda lors de la première audience de confirmation des charges, et alors que le caractère extrêmement technique des documents échangés lors de ce « deuxième round » a de fait empêché l'opinion d'entrer dans le dossier, Fardeau peut affirmer sans sourciller que Bensouda a disposé de témoignages de « 108 personnes tout à fait nommées », alors que la quasi-totalité des témoins de l'Accusation se sont exprimés sous couvert d'anonymat. Il parle de « témoignages extrêmement précis » là où ils se contredisent justement à foison. La juge belge Christine Van den Wyngaert disait fort à propos dans son opinion dissidente, que « le problème précédemment identifié concernant le recours aux ouï-dire anonymes demeure ». De qui se moque donc Fardeau ? 

Et pourtant : même les noms des médecins qui ont constaté les décès des victimes supposées brandies par l'Accusation sont cachés à la Défense, qui a été empêchée de contre-enquêter. Si Jean-Marie Fardeau se précipite sur les ondes de la radio la plus écoutée en Afrique subsaharienne francophone pour donner du crédit au dossier Bensouda, c'est parce qu'il sait que ses faiblesses seront à juste titre pointées, et qu'il veut par avance lui sauver la mise. Alors qu'il devrait se soucier d'une application scrupuleuse du droit, il refuse obstinément d'entrer dans le fond des réserves de la juge belge Christine Van den Wyngaert, se contentant de supposer qu'il y a encore du travail à faire. C'est indigne ! Que penserait-on, dans le cadre des justices nationale de démocraties occidentales, d'une organisation de défense des droits de l'Homme à ce point soucieuse de défendre la réputation d'un procureur controversé, sans grand souci de la présomption d'innocence qui est due aux accusés ? Imposture !

Plus profondément, Jean-Marie Fardeau affirme que le dossier Bensouda est « extrêmement complet » pour dire tout de suite après que Human Rights Watch « n'a pas connaissance du dossier de la procureure ». Comment peut-on juger de ce qu'on ne connait pas ? Ignominie !

L'énorme mensonge sur les « partisans » de Ouattara prétendument traités de « rats d'égoût » par Gbagbo

Dans son interview accordée à RFI, Jean-Marie Fardeau remet « sur le marché » un mensonge grossier contenu dans le rapport consacré à la Côte d'Ivoire publié par HRW et qui s'intitulait « Ils les ont tués comme si de rien n'était ». « Nous, Human Rights Watch, et d’autres organisations, avions déjà témoigné et rapporté le fait que Laurent Gbagbo lui-même s’était exprimé à la radio, notamment pour appeler à l’érection de barrages dans la ville d’Abidjan pour bloquer les partisans de Ouattara, en appelant à dénoncer tous les étrangers qui étaient suspectés d’être des soutiens de Ouattara, notamment les migrants ouest-africains, et en traitant les partisans de Ouattara de « rats d’égout » », affirme-t-il. Or ces propos n'ont jamais été prononcés par Gbagbo, encore moins à la Radio. Contrairement aux pratiques en vigueur, HRW se garde bien de citer sa source avec précision concernant ses propos. Evoqués en page 5 du rapport « Ils les ont tués comme si de rien n'était », dans la partie « résumé », sans la moindre référence de bas de page, ils disparaissent totalement du corps du rapport. Qui n'en parle plus du tout. 

Fort curieusement, on retrouve des propos qui leur ressemblent à la page 49. Mais ils ne sont pas de Laurent Gbagbo, mais du journaliste K.K Maurice du quotidien Le Temps. Ils ne désignent pas « les supporters d'Alassane Ouattara » mais « les rebelles » et leurs « mercenaires burkinabé » qui affrontent les forces loyalistes à Abobo. Bien entendu, ces propos sont extrêmement durs, comme ils peuvent l'être en temps de guerre ouverte. Une chose est sûre : les avocats du président Gbagbo gagneraient à porter plainte contre Jean-Marie Fardeau, pour dévoiler à la face du monde ses manipulations.

Le deux poids deux mesures de Fardeau

Le directeur « France » de Human Rights Watch affirme que nul n'est besoin de preuves remises à Fatou Bensouda par la France pour « alimenter un dossier pour le procès de Laurent Gbagbo », parce que « c'est lui qui dirigeait directement les Forces de sécurité (FDS) dans la période post-électorale ». Si l'on suit cette logique, c'est qu'Alassane Ouattara, qui était le chef des Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) durant la même période, devrait tout logiquement se retrouver en procès, lui aussi. Mais Fardeau appelle plutôt à juger ceux, qui dans le camp Ouattara, se sont rendus coupables de crimes contre l'humanité. Et non Ouattara lui-même. Pour lui, la justice revient à s'acharner contre le chef politique d'une armée régulière, et à livrer des lampistes au service du chef politique d'une rébellion soutenue par l'Occident et qui a finalement eu le dessus. 

Par ailleurs, il endosse sans la moindre réserve le chiffre de « 548 personnes qui auraient été exécutées » par les pro-Ouattara alors qu'il est sorti du chapeau de la présidente d'une Commission d'enquête contrôlée de bout en bout par le pouvoir, et qu'il est objectivement le fruit d'une sous-estimation volontaire. Dans la mesure où seulement dans le département de Duékoué, voire dans le quartier « Carrefour » uniquement, le nombre de victimes des milices pro-Ouattara est supérieur à ce chiffre fantaisiste.

Théophile Kouamouo [Le Nouveau Courrier]